13 septembre 2018

Forge de Peyrassoulat et cartographie du Périgord-Limousin-Angoumois (2)


Chéronnac et la Forge de Peyrassoulat sur les cartes anciennes

            Le bourg de Chéronnac et les forges de la Vallée de la Tardoire sont représentées sur plusieurs cartes datant d’avant la Révolution.

              Une Carte de la Généralité de Limoges, divisée en ses cinq élections, établie en 1719 par le Sieur Bernard-Jean-Hyacinthe JAILLOT (1673-1739), Cartographe ordinaire du Roi Louis XV, montre la complexité de la situation territoriale pour les anciennes paroisses et seigneuries situées aux confins de plusieurs juridictions. Le site de Peyrassoulat est situé à la limite de deux juridictions. 

            Les bourgs de Chéronnac, Sauvagnac, Videix et Pressignac, ainsi que les proches villages de la Vauguyon et Saint-Gervais, étaient situés dans l’Élection d’Angoulême, qui dépendait elle-même de la Généralité de Limoges
La ville de Rochechouart, les bourgs de Chaillac, Biennac, Oradour-sur-Vayres, Vayres, Saint-Bazile, Champagnac, Saint-Mathieu, Marval, Pensol, Reilhac, Busserolles, Maisonnais et Les Salles, étaient situés dans la Généralité de Poitiers.


Carte de la Généralité de Limoges 1719 (Fragment)
Établie par le Sieur Bernard-Jean-Hyacinthe JAILLOT (1673-1739)
Cartographe ordinaire du Roi Louis XV


            Une carte dite « Carte de Guyenne » ou « Carte de Belleyme », dont les levés ont été effectués de 1761 à 1774 par Pierre de BELLEYME (1747-1819), ingénieur et géographe du Roi Louis XV, et ses assistants, représente dans la section Abjat-sur-Bandiat la partie de l’ancienne Paroisse de Chéronnac, située au sud de la route allant de Sauvagnac à Vayres.

            Sur la « Carte de Belleyme », le site de Peyrassoulat, nommé « Persoulas », est indiqué comme « Forge ». Il est caractérisé par un important barrage sur la Tardoire, la roue à aubes du moulin alimentant la forge est figurée directement sur la rivière en aval du barrage.

            Le Moulin du village de Peyrassoulat est figuré, en aval du site de la Forge de Peyrassoulat, sur un canal par lequel les eaux de la Tardoire étaient déviées.

            L'ancien château de Chéronnac, les forges du Buisson et de Raux, sont également mentionné sur cette carte de Pierre de Belleyme. Certains moulins, aujourd’hui disparus ou ruinés, le Moulin du Pont, le Moulin de Courau, le Moulin de la Razide, le Moulin de Figaraunas, le Moulin de Puy Boulard et un moulin situé en aval de la Forge de Raux figure aussi sur ce relevé topographique.


« Carte de Guyenne » ou « Carte de Belleyme » de 1770


           Une « Carte du diocèse de Limoges », établie par M. Pierre CORNUAU, géographe du roi, au cours du 18e siècle, publiée en 1782 et dédiée à Monseigneur L. C. Duplessis d'Argentré, évêque de Limoges, indique clairement le tracé (figuré par deux fines lignes sur le plan) de l’ancienne route de Limoges à Angoulême, entre Séreilhac, dans le diocèse Limousin, et La Rochefoucauld, dans le diocèse Angoumoisin.

            L’ancien « Grand Chemin de Limoges à Angoulême », indiquée sur la « Carte du diocèse de Limoges » de 1782, était essentiel pour le transport des produits des forges de la Haute-Vallée de la Tardoire.

            Ce chemin est mentionné dans un « État par paroisses de la Vicomté de Rochechouart », établi en 1785. Venant de Séreilhac, il traversait les paroisses de Saint-Laurent-de-Gorre (aujourd’hui Saint-Laurent-sur-Gorre), Saint-Jean et Saint-Pierre-de-Vaire (aujourd’hui réunies dans le bourg de Vayres), passait à proximité du bourg de Chéronnac, et au Nord de la paroisse de Les Salles (dont le nom a été rajouté manuellement sur la carte imprimée). 

            L’ancien « Grand Chemin de Limoges à Angoulême », traversait ensuite le village de Sauvagnac, avant de quitter le territoire de la Vicomté de Rochechouart et de rentrer en Angoumois. Il passait près du village du Lindois (aujourd’hui Le Lindois), traversait le village de l’Arbre situé sur un des plus hauts points du relief charentais et suivait ensuite la ligne de crête en par les paroisses de Mazerolles et d’Yvrac, avant d’atteindre la ville de La Rochefoucauld.

            Dans la ville de La Rochefoucauld l’ancien chemin de Limoges à Angoulême rejoignait la route principale venant de Saint-Junien. Après la traversée de la Vallée de la Tardoire, la route passait près des paroisses de Saint-Projet et Saint-Constant, puis traversait la Vallée du Bandiat au Pont de la Bécasse, avant de rejoindre Ruelle-sur-Touvre, où se trouvait l’importante Fonderie Royale, crée par monsieur le Marquis de Montalembert

            Cette route aboutissait finalement dans le Faubourg de l'Houmeau à Angoulême, où les productions des forges de la contrée autour de Chéronnac étaient transbordées sur des gabares, pour être ensuite transportées par bateau sur la partie navigable de la Charente


Carte du diocèse de Limoges, par Pierre Cornuau, 1782


            Une « Carte de la généralité de Limoges », publiée en 1783, établie par Louis Capitaine du CHESNOY (1749-1797), ingénieur géographe du Roy Louis XVI, montrait clairement les trois retenues d’eau et les moulins sur la Tardoire, en relation avec les activités des forges, bien que celles-ci ne soient pas identifiées nominalement.

            Sur la « Carte de la généralité de Limoges », de 1783, outre la ville de Rochechouart, entourée de murailles, et les nombreux villages ou paroisses de la Vicomté, figure aussi un important chemin, tracé sur le sommet du relief, entre les bassins versants de la Vienne, de la Charente et de son affluant la Tardoire, qui traversait la paroisse de Chéronnac d’Est en Ouest.


Carte de la généralité de Limoges, de 1783 


            Le plan cadastral de la commune de Chéronnac, daté de 1828, montre l’emplacement des bâtiments de la Forge de Peyrassoulat, situés au bord du bief qui alimentait les roues à aubes actionnant le marteau pilon et les soufflets, ainsi que celui de l’habitation du maître de forge, située en amont, face à la courbe de la rivière.

            Les bâtiments de la Forge forment une seule parcelle cadastrale répertoriée sous le numéro 512. Le plan permet de constater certaines particularités dans la structure architecturale des bâtiments de la Forge de Peyrassoulat. En plus de l’angle formé par le bâtiment de la Forge proprement dite et celui hébergeant d’autres ateliers ou entrepôts, il est possible d’identifier plusieurs excroissances qui laissent à penser que des appentis ou agrandissements avaient été rajoutés à des dates indéterminées.

            Une aile carrée est dessinée au centre du bâtiment de la Forge et une excroissance sur son plus petit côté, une construction en arrondi est figurée sur un côté de l’aile des entrepôts.   
L’île bordant le canal du moulin porte le numéro cadastral 513. La maison du maître de forge est rattachée à une grande parcelle, portant le numéro 511 du cadastre, celle-ci sépare la maison du bâtiment de la Forge.

            Une autre parcelle, située à l’arrière de la maison, qui donne à penser qu’une terrasse avait été aménagée à l’opposé du côté tourné vers la Forge, est aussi rattachée la maison du maître de forge. La parcelle correspondant à l’ancien jardin potager, caractérisée aujourd’hui par les Ifs centenaires, est enregistrée sous le numéro 514 du cadastre.


Détails du cadastre, de la commune de Chéronnac, de 1828



Orientation Bibliographique :

             « Atlas géographique, contenant les Cartes des Provinces et Généralités d'Orléans, de Tours, de Bretagne, de Poitiers, de la Rochelle, de Limoges, de Bourges, de Moulins, de Lyonnois, de Dauphiné, de Provence, du [...] et la Principauté d'Orange, du Languedoc, de l'Auvergne, de la Guyenne et Gascogne, et du Roussillon » ; Tome IX – 1719 – Bibliothèque nationale de France.

            « Carte de la généralité de Limoges ; levée géométriquement, par Cornuau, Pierre et Capitaine, Louis, ingénieurs géographes du Roi » – 1781 – Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans.

            « Carte de la Guyenne par Belleyme » 1762/1783 – Archives départementales de la Dordogne

            « Plans du Cadastre dit « Napoléonien » du département de la Haute-Vienne » ; Levés entre 1808 et 1841 ; Numérisés dans le cadre d'un partenariat avec l'État (sous-série 3 P) - Archives départementales de la Haute-Vienne.

           « L’itinéraire antique de Limoges à Angoulême », par Marcel VILLOUTREIX ; Publié dans « Travaux d’Archéologie Limousine, 1983, N° 4 » ; Association des Antiquités Historique du Limousin ; Publication : Limoges, Juin 1984.

            « Chemin des platanes » ; Édition : Pays d’Ouest Limousin et Chataigneraie Limousine - Randonnée Haute-Vienne ; Publication : 2006.

            « Dictionnaire Historique et Géographique de la Haute-Vienne », par André LECLER (1834-1920), complété par Henri DUCOURTIEUX (1819-1865) ; Édition originale : Imprimerie-Librairie Ducourtieux, Limoges ; « Annuaire de la Haute-Vienne » 1902-1909 ; « Premier tome », lettres A à O, Édition Ducourtieux, 1920 ; « Second tome », Édition Ducourtieux, avec le soutien de la Société archéologique et historique du Limousin, 1926 ; Édition en ligne, complétée par Mme Anne Gérardot, Archives départementales de la Haute-Vienne, 2014.


    
Il y aurait encore beaucoup à dire sur le riche héritage naturel, culturel et historique de Chéronnac et des terroirs avoisinants, mais ceci sera le sujet des publications qui vous entraînerons à la découverte de ce site dans les annales et inventaires … (à suivre donc !)...

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