26 mars 2016

L’officier du « Vendredi Saint »


La principale sculpture de la façade de l’église prieurale des Salles-Lavauguyon, en Limousin, souvent évoquée dans le blog d’Édouard des Salles, représente le Christ en gloire du Jugement dernier (Évangile selon Matthieu 25 : 31-46).


Les fresques romanes du sanctuaire roman des Salles-Lavauguyon, représentent plusieurs passages de la Bible et du Nouveau Testament, comme par exemple l'exceptionnelle Création d’Adam et d’Ève, dans laquelle le Christ et l’Esprit Saint sont associés à l'oeuvre du Dieu Créateur.

Ces mêmes fresques du XIIème siècle ont aussi pour thème plusieurs épisodes de la petite enfance de Jésus : l’Annonciation, la Nativité, l’Annonce aux bergers, l’Adoration des Mages et le Massacre des Innocents.

Si les martyrs de plusieurs saints et saintes, omniprésents dans les liturgies des Eglises catholiques et orthodoxes, particulièrement au Moyen-Àge, sont représentés sur les fresques romanes de l’église des Salles-Lavauguyon, la Crucifixion de Jésus n’a pas été directement évoquées dans le programme iconographique.

Une fois par an, la fête chrétienne de Pâques incite toutefois à considérer de manière différente l’un des personnages, presque oublié, de la Passion de Jésus : l’officier romain commandant les soldats qui participent à la Crucifixion (Évangile selon Matthieu 27 : 54).

Chaque « Vendredi Saint », à la veille de Pâques, les différentes églises chrétiennes célèbrent,  selon la tradition, trois évènements clés de l’histoire de Jésus de Nazareth : sa Passion, sa Crucifixion et sa Mort sur la croix !

Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que le vendredi 7 avril de l’an 30 (le 27 avril 31 ou le 3 avril 33, selon certaines sources), Jésus fut condamné à mort par le Préfet Romain Ponce Pilate (Pontius Pilatus en latin), c'est à dire à subir le supplice de la croix, qui était infamant chez les romains. 

Cette sentence consistait à clouer le condamné par les mains (et parfois les pieds) sur une croix dressée, ce qui entrainait la mort par étouffement à plus ou moins longue échéance.

La condamnation à mort de Jésus, fut clairement demandée par les autorités juives, et ordonnée par le préfet romain Ponce Pilate, représentant l’autorité romaine, qui occupaient militairement, à ce moment là, Jérusalem et la Palestine. 

Pourquoi ?
Tout simplement, parce que les uns et les autres considéraient que Jésus était un fauteur de troubles !

L'exécution de Jésus a pour les autorités juives de son époque des raisons essentiellement religieuses et pour les autorités romaines des raisons politiques.

Pendant l’exécution de la sentence, ses partisans, ses disciples, sa famille, étaient désespérés (Évangile selon Luc 23 : 48-49).



Cependant, les passants l'injuriaient, les principaux sacrificateurs, avec les scribes, les spécialistes de la loi et les anciens d'Israël, se moquaient de lui, l’un des deux brigands, crucifiés avec lui, l'insultait aussi, les magistrats se moquaient de Jésus, et les soldats aussi se moquaient de lui (Évangile selon Matthieu 27 : 39-41 ; Évangile selon Marc 15 : 29, 31, 32 ; Évangile selon Luc 23 : 35-36, 39).

Un autre pourtant, n'avait pas insulté Jésus pendant sa crucifixion : l’officier romain, qui commandait le détachement chargée du maintien de l’ordre !

Jésus fut crucifié vers le milieu de la matinée. 
Ce jour là, de midi jusqu'à trois heures de l'après-midi, il y eut des ténèbres sur tout le Pays d’Israël : la Judée, la Samarie, la Galilée, et sur les contrées avoisinantes.

Enfin, vers trois heures de l'après-midi, Jésus s’écria d'une voix forte : 
« Père, je remets mon esprit entre tes mains ! ».

Après avoir dit ces paroles, Jésus expira (Évangile selon Matthieu 27 : 50 ; Évangile selon Marc 15 : 37 ; Évangile selon Luc 23 : 46 ; Évangile selon Jean 19 : 30).

Voyant ce qui était arrivé, l’officier romain, qui se tenait là devant Jésusdit : « Certainement, cet homme était juste ! » (Évangile selon Luc 23 : 47).

Un grand nombre de ceux qui en foule avaient assisté à ce spectacle repartirent en se frappant la poitrine en signe de deuil (Évangile selon Luc 23 : 48).


Dans cette histoire, les magistrats, les spécialistes de la loi, les chefs des prêtres, les anciens d'Israël, les soldats et un malfaiteur crucifié avec Jésus, se moquèrent du condamné ou l'insultèrent. Mais, un seul homme reconnu publiquement l'innocence de Jésus : l’officier romain des saintes écritures !

C'est pourquoi nous pourrions aujourd'hui nous demander : 
« Quel officier romain habite aujourd'hui au fond de nous ? »

Serions-nous, nous aussi, capable de reconnaître l’innocence d’un juste ?
Serions-nous tout autant capable d’exprimer notre conviction, même à posteriori, en ce qui concerne l’innocence d’un homme, alors que les autorités spirituelles et temporelles l’ont condamné sans hésitation à la punition suprême ?

Dans ce monde de haine, de reproche, de peur, de méfiance, où nous vivons, en ce début du 21ème siècle, il n’est pas plus facile de se poser cette question que cela ne l’était pour l’officier romain il y a près de 2000 ans, et pourtant, certains et certaines d’entre nous ont le courage de se la poser.

Il reste à souhaiter à tous ceux et toutes celles, épris de justice de part ce monde, d’avoir en eux une parcelle de la conscience de l’officier romain du premier siècle !


Deo volente, Inshallah, im yirtzeh Hashem, Immertsashem, si Dieu le veut !

Aucun commentaire: