29 octobre 2012

Mémoire locale des deux conflits mondiaux du XXème siècle

Le Monument aux Morts de la commune des Salles-Lavauguyon (Haute-Vienne, France)


A la veille des commémorations de l' Armistice du 11 Novembre 1918 il est apparu de quelque importance de rappeler aux lectrices et lecteurs de ce blog que le Monument aux Morts de la commune des Salles-Lavauguyon, semblable à celui de millier d'autres communes de France, représentait le souvenir emblématique des évènements liés à la Première Guerre Mondiale, communément appelée la Grande Guerre.

Monument aux Morts 1914-1918 et 1939-1945
 de la commune des Salles-Lavauguyon
 La construction de ce monument commémoratif destiné à honorer la mémoire des disparus du conflit 1914-1918 est aussi l'expression du deuil collectif, associé aux nombreuses pertes en vies humaines, qu'avait entrainé cette guerre.
Une subvention attribuée aux communes voulant honorer leurs disparus a largement influencé les décisions prises par les conseils municipaux de l'époque d'édifier ces monuments commémoratifs.

Situé face sur le côté nord de l'église paroissiale, à mis distance entre cet édifice d’origine romane et ce qui étaient alors les premières maisons du bourg des Salles-Lavauguyon, le monument fut réalisé au début des années vingt du XXème siècle sur l'emplacement de l'ancien cimetière paroissial qui, devenu trop petit, avait été transféré en 1873 au sud du bourg des Salles, près de la route menant au village de Lavauguyon, et avait été remplacé par une sorte de foirail où était rangées les charrettes les jours de foire mensuelle.

Le coq gaulois
Le Monument aux morts de la Grande Guerre, édifié aux Salles-Lavauguyon, présente la forme d'un obélisque en granit surmontant un socle parallélépipédique d'agencement similaire. Il est couronné par une sculpture en bronze représentant un coq dressé, fabriquée en série dans les Etablissements Ed. Rombaux-Roland, de Jeumont, dans le département du Nord.
Sur le devant de la partie haute du monument a été inscrit dans le bronze « A nos MORTS 1914-1918 », cet épitaphe est surmontée par une Croix de Guerre en bronze.


Croix de Guerre,
figurant sur le pourtour de la grille en fer-forgé
entourant la base du monument aux morts

L'emblème de la Croix de Guerre est reproduit sur le pourtour de la grille en fer-forgé entourant la base du monument. Paradoxalement, la pointe de l'une des épées, chevillée sur la partie avant droite de la grille, a disparue, l'usure du temps qui passe inexorablement semblerait avoir ici émousser la mémoire guerrière.








Liste des soldats morts
pendant la Guerre 1914-1918
Sur une plaque en ardoise grise fixée sur le devant du monument (aujourd’hui délavée par les ans, mais dont les inscriptions présentent encore des traces de dorure), ont été gravés les noms des soldats originaires de la commune des Salles-Lavauguyon morts pour la France au cours de la Première Guerre Mondiale.
L' inscription commémorative a été ultérieurement complétée par une plaque de dimensions plus réduites apposée en dessous de la première, sur laquelle figurent les noms des soldats décédés lors de la Seconde Guerre Mondiale.
Les listes des Morts pour la France ne respectent pas l'ordre alphabétique, mais semble vouloir remémorer l'ordre des décès.

Afin d'en faciliter la lecture, nous avons reproduit la liste des noms figurant sur les tableaux.

Tombe du Sous-Lieutenant Besse,
dans le cimetière des Salles-Lavauguyon
à Nos Morts 1914 - 1918 :
ANDRIEUX François
BOURDAREAU Pierre
LAPEYRIE Firmin
ARLIX Jean
DENIS Jean
PREVOST DE LAVAUD Etienne
DARNAT Jean
ROUSSEAU Jean
MONTAUT Louis
GRANET François
SOURY Pierre
TIPHONNET Louis
LALOI Joseph - Capl.
BOUTINAUD Marcellin - Capl.
RASSAT Jean
HERAUD Jean
COUVIDAT Jean
VILLARD Jean
VILLARD François
SOURY François
PROGEAS Jean
BARUSSAUD Jean
MEILLAT Léon
COURAUD Paul
LECLERC Louis
RAMBAUD Joseph
RATHIER Jean
PRECIGOUT François
DENIS Jean
BESSE Etienne - Capl.
BESSE Jean - S.-Lt.
DARNAT Justin - Capl.
SOIRAT Joseph - M.-des L.
LECLERC François - Capl.
TIPHONNET Pierre
RASSAT Joseph
RATHIER Pierre
ARDAINE Jacques
AURIAT Pierre
SOURY Pierre

Les mentions Capl. correspondent à l'abréviation du grade de Caporal, celle de S.-Lt. à celle du grade de Sous-Lieutenant, celle gravée M.-des L. est l'abréviation du titre de Maréchal-des-Logis qui équivalait au grade de Sergent.

à Nos Morts 1939 - 1945 :
BERTHET Henri
GEORGES Louis
LEVEQUE Cheri Louis
RASSAT Jean

 

Les conséquences humaines, sociales et démographiques, des deux grands conflits mondiaux du XXème siècle, pour la commune des Salles-Lavauguyon

Avant le déclenchement du conflit 1914-1918, le dénombrement de la population de la commune des Salles-Lavauguyon, effectué en 1911, avait permis de recenser un total de 680 habitants.

L'église des Salles-Lavauguyon et l'emplacement de l'ancien cimetière vers 1910
Les évènements liés à la Première Guerre mondiale, qui durera officiellement pour la France du 1er août 1914, jour où fut publié l’ Ordre de Mobilisation Générale, au 11 novembre 1918, jour où fut signée l' Armistice franco-allemande, mais se prolongea sur certains théâtres d’opérations militaires jusqu’au milieu de l’année 1919, devaient apporter un brusque changement dans la vie des habitants de l'ensemble des départements français, de même que pour ceux des colonies françaises de par le monde, les habitants de la commune des Salles-Lavauguyon n'échappèrent pas à cette réalité.

Les effets de la Grande Guerre 1914-1918 furent ressentis, outre l'impact économique et social consécutif à la mobilisation des hommes valides, dans la commune des Salles-Lavauguyon de part les mouvements de population qu'elle entraina et l'arrivée de certains réfugiés dans la région.

Selon les Cahiers de l'instituteur de Roussine (Charente) rédigés pendant la période 1914-1917, le service médical pour cette commune charentaise proche de la limite entre les départements de la Charente et de la Haute-Vienne, était assuré par le docteur Lautraite de Montembœuf. Ce dernier fut secondé par un médecin d'origine russe, M. Mérovich, qui était venu s'installer dans la commune des Salles-Lavauguyon pendant la durée du conflit. L'assistance de ce médecin russe permit de maintenir le service de santé dans des conditions identiques à celles d'avant la guerre et ce malgré la mobilisation du second médecin du chef-lieu de canton charentais.

Monument aux Morts 1914-1918 et 1939-1945
 face au clocher de l'église de la commune des Salles-Lavauguyon
Les décès par suites de guerre (soldats morts au combat, décédés des suites de leurs blessures, de maladie ou accidentellement) de la commune des Salles-Lavauguyon pour la période 1914-1918 (Grande Guerre) sont aux nombre de 40.

Ce chiffre des combattants décédés (soldats de tous grades confondus) pendant le premier conflit mondial, comparé aux nombre d'habitants recensés dans la commune des Salles-Lavauguyon en 1911, permet de constater l' impact direct de plus de quatre années de guerres dans une région éloignée de la zone des combats, puisque c'est près de 6% de la population qui fut décimée pendant cette période.

Une comparaison entre les chiffres des recensements de la population de la commune des Salles-Lavauguyon pour les années 1911 et 1921 parait éloquente sur l'impact des évènements du début du XXème siècle sur la démographie.

Les conséquences de la Grande Guerre conjuguées à celles de la pandémie de grippe durant l'hiver 1918-1919, furent directement perceptibles lors du recensement de 1921, puisque seulement 580 personnes étaient recensés alors qu'ils y avait encore 680 habitants enregistrés lors du recensement de 1911, soit un déficit de 100 individus en une dizaine d'années, une diminution de plus de 14% de la population (le recensement de 1916 ne fut pas réalisé pour causes de guerre).

Croix de Guerre 1914-1918
Le nombre des décès par année de guerre et par période de combats varie de manière notable tout au long de la Grande Guerre, les premiers mois du conflit furent par comparaison avec la longueur des hostilités les plus meurtriers pour les armées françaises ; le système de l'offensive coute que coute au mépris des vies humaines coutât de très nombreuses vies d’officiers et de soldat à l'infanterie française.

Les décomptes des décès des soldats originaires des Salles-Lavauguyon ne diffèrent pas considérablement des constatations générales en France, puisque 5 pertes étaient à déplorer parmi les hommes originaire de cette commune pour le seul mois d’août 1914, 3 pour le mois de septembre et une au mois d’octobre, ce qui formait un triste total de 9 décès pour les cinq mois de conflit de cette première année de guerre.

Tombe de Jean Rassat,
décédé en septembre 1915
Par comparaison, seulement 7 décès vinrent attrister l'année 1915, malgré les nombreuses pertes en vies humaines que coutât le début de la guerre de positions.

Les conséquences de la bataille menée de février à décembre 1916 devant Verdun et qui couta la vie à près de 300 000 combattants des deux armées belligérantes (163 000 soldats français et 143 000 allemands) ne fut que relativement perceptible pour les hommes originaires de la commune des Salles-Lavauguyon puisque seulement 4 décès de combattants étaient enregistrés cette année là.

Les offensives de 1917, devaient entrainer 7 deuils supplémentaires.

La dernière année de guerre fut marquée par les grandes offensives allemandes du printemps et par les combats décisifs de juillet à novembre 1918. Ces différentes attaques, contre-attaques et batailles de reconquête du territoire occupé par les armées des Empires centraux devait mener les forces de la Triple Entente et leurs alliées à la victoire finale entérinée par l’ Armistice signé entre l’Allemagne et la France près de Compiègne le 11 novembre 1918. Ces ultimes efforts des combattants français et alliés devaient avoir pour conséquence de confronter à nouveau les familles et alliés à 5 décès de combattants habitants la commune des Salles-Lavauguyon lors de leur incorporation sous les drapeaux.

Les Soldats Morts pour la France, lors de la Deuxième Guerre Mondiale, originaires de la commune des Salles-Lavauguyon ne sont qu'au nombre de 4 pour la période 1939-1945, essentiellement décédés pendant la campagne de 1940 où en captivité, par suite de la défaite française.

Plaque tombale dédiée à Louis George,
soldat décédé en captivité à Vienne (Autriche) en octobre 1940

La mention "Mort pour la France" a été attribuée pour la première fois pendant la Guerre 1914-1918, suite à l'application de la loi du 2 juillet 1915 modifiée par la loi du 28 février 1922. Cette citation est aujourd’hui régie par l’Article L488, modifié par l’Ordonnance n°2009-1752 du 25 décembre 2009 - art. 1, du Code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre.
Plaque tombale dédiée à Pierre Saury,
portant la mention "Mort pour la France"

La loi de 1915 précisait à l’origine les modalités de l'attribution du Diplôme d'honneur aux morts de la grande guerre, cette disposition est aujourd’hui encore incluse dans l’Article L492 bis du Code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre : " Un diplôme d'honneur portant en titre « Aux morts de la grande guerre, la patrie reconnaissante » est décerné à tous les officiers, sous-officiers et soldats des armées de terre et de mer décédés pendant la guerre 1914-1918 pour le service et la défense du pays, et remis à leurs familles ".

Les dispositions de l’Article L492bis du Code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre furent étendues pour les personnes décédées pendant la Guerre 1939-1945 :
- Aux militaires des armées de terre, de mer et de l'air ;
- Aux FFL ou FFC ou FFI et aux membres de la Résistance, dont l'acte de décès porte la mention " Mort pour la France ".

Le ministre chargé des anciens combattants et victimes de guerre est chargé depuis l'origine de sa création de l'attribution de ce diplôme.

L'impact de la Seconde Guerre Mondiale sur la population des Salles-Lavauguyon fut bien différent en comparaison de celle du 1er grand conflit du XXème siècle, puisque les soldats originaires des Salles-Lavauguyon morts pour la France pendant la période 1939-1945 ne représentent que 0,90 % de la population totale de l'époque pour cette commune. Mais les drames occasionnés par la perte d’un fils, mari, parent ou ami ne furent pas moindre que ceux occasionnés par les décès lors du précédent conflit.
En 1946, le nombre de veuves recensées était de 31 pour un total de 401 personnes formant la population totale de la commune des Salles-Lavauguyon (tous âges confondus). L'importance du nombre de femmes seules paraît indiscutablement imputable aux conséquences des deux guerres mondiales qui se déroulèrent dans le même demi-siècle.

 

Les Sépultures militaires du cimetière des Salles-Lavauguyon

Après la Grande Guerre 1914-1918, la volonté de certaines familles de se voir restituer les corps de leurs parents, soldats morts lors des combats, entraina tout d’abord des rapatriements irréguliers de dépouilles de soldats français vers des sépultures familiales.

Tombe de la Famille Renon-Saury
dans le cimetierre de la commune
des Salles-Lavauguyon

Afin de permettre l'application des clauses de l’ Article 225 du Traité de Versailles stipulant que : « Les gouvernements signataires se donnent toutes facilités pour satisfaire aux demandes de rapatriement des restes de leurs soldats et de leurs marins » , les autorités françaises décidèrent en 1920 d'autoriser les transferts de corps des combattants de la Grande Guerre des cimetières militaire vers les cimetières civils.
L’Article 106 de la loi de finances du 31 juillet 1920 devait finalement préciser : « Sur demande des veuves, ascendants ou descendants, les transferts de corps sont désormais à la charge de l'État » .
En avril 1921 le Ministre des Pensions, André Maginot, par souci d'efficacité, créât le Service de restitution des corps. Le Secrétariat d'État chargé des Anciens Combattants et Victimes de guerre estima postérieurement qu'un total de 240 000 corps avaient été restitués aux familles, soit 30 % des sépultures de combattants identifiés pour la Guerre 1914-1918.

Plusieurs tombes du cimetière communal des Salles-Lavauguyon ont accueillit les sépultures de soldats décédés au cours de la Première Guerre Mondiale ainsi que quelques unes des soldats de l'armée française décédés pendant la Seconde Guerre Mondiale.

L’inventorisation de ces tombes à caractère militaire et familial du cimetière communal des Salles-Lavauguyon ne fut pas aisée car leur entretient n’est pas assuré de manière égale.

En arpentant de manière quasi systématique les allées de ce cimetière il a été toutefois possible d'inventorier 11 tombes de soldats morts pendant la Grande Guerre (1914-1918).

Voici ici répertoriées les inscriptions relevées sur les tombes des soldats de la Première Guerre Mondiale :
  • St-Lieutenant Besse, Mort pour la France, né aux Salles-Lavauguyon, le 13 juillet 1892, Tombé le 28 janvier 1918, à Limay (Meurthe-et-Moselle) ;
  • Jean Denis, Sapeur conducteur, Cie 8/3 4e Génie, Mort pour la France le 19 septembre 1917, à l’âge de 36 ans. Cette épitaphe est inscrite sur une plaque en forme de cœur sur laquelle sont figurés deux drapeaux entrecroisés surmontant le texte ;Justin François Leclerc, Mort au Champ d’Honneur, à Saint-Mart «Somme » le 26 août 1918, âgé de 24 ans, Capitaine, deux Citations à l’ordre de l’armée et Médaille Militaire ;
  • Justin François Leclerc, Mort au Champ d’Honneur, à Saint-Mart «Somme » le 26 août 1918, âgé de 24 ans, Caporal, deux Citations à l’ordre de l’armée et Médaille Militaire
  • Tombe de Justin François Leclerc,
    mort dans la Somme en 1918
  • Louis Leclerc, Mort au Champ d’Honneur, le 14 mai 1917, à l’âge de 29 ans, une Citation à l’ordre de l’armée et Médaille Militaire (Cette seconde tombe de la famille Leclerc est voisine de la précédente, elle se trouve le long du mur de clôture Est du cimetière) ;
  • Tombe de Louis Leclerc,
    morts dans l'Aisne en 1917
    Léon Meillat, 9e Cuirassiers, Tué à Tracy-le-Val (Oise) à son poste de combat, le 17 février 1917 à l’âge de 22 ans ;
  • Louis Montaut, né le 29 août 1887 aux Salles-Lavauguyon, Mort pour la France, à Bar-le-Duc, le 24 décembre 1914 ;  
  • Joseph Rambaud, né à Fougeras, le 24 mai 1884, Mort pour la France le 25 avril 1917, à Douaumont, près Verdun ;
  • Tombe de Joseph Rambaud, mort en 1917,
    et de son épouse, décédée en 1986
  • Jean Rassat, époux de Marie Voisin, Décédé au 107ème Régiment d’Infanterie, le 8 7bre 1915, à l’âge de 35 ans ;
  • Pierre Joseph Rassat, né le 26 octobre 1898, soldat au 10ème B.T. de Chasseurs, Mort au Champ d’Honneur à Somme-Pi (Marne), le 1er octobre 1918 ;
  • Pierre Saury, Mort pour la France, le 26 septembre 1915, à Roclincourt (Pas-de-Calais), à l’âge de 34 ans, Médaille Militaire et Croix de Guerre (Cette inscription se trouve sur deux plaques émaillées superposées l'une à l'autre ou est également estampillée une photographie du défunt. La tombe de pierre Saury est inclue dans l'enclos des sépultures des Familles Renon et Saury) ;
  • Jean Villard, Classe 1909, Mort pour la France, à Saint-Hilaire-le-Grand (Marne), le 25 septembre 1915.
De même, avec un peu plus de facilité puisque plus récentes, il nous a été possible de répertorier 2 tombes de soldats de la Seconde Guerre Mondiale, morts en captivité ou en combattant :
  • Louis Georges, époux d’Angèle Granvaud, décédé en captivité le 8 octobre 1940, à Vienne (Autriche), Mort pour la France ; 
  • Léon Chéri Lévêque, Mort pour la France, à Rambervillers (Vosges), le 21 juin 1940, à l’âge de 39 ans.

 

Remarques finales :

Si la description du Monument aux Morts des Salles-Lavauguyon et l'énumération des décès de soldats originaires de cette commune permet d'honorer les soldats tombés au champs d'honneur ou au service de leur patrie, elle doit malheureusement omettre, faute de renseignements attestant les états de service, le nom de ceux qui (plus nombreux encore) ont fait courageusement leur devoir de soldats pendant les longues années de la Guerre 1914-1918 et puis s'en sont retournés vivre leur vie, presque comme avant, sans que l'on ne face plus référence à la reconnaissance que leur devait la nation française pour leur bravoure et leur abnégation.

Certaines familles n'ayant pu entretenir de manière continue les sépultures familiales des combattants de la Grande Guerre du cimetière des Salles-Lavauguyon, plusieurs d'entre elles offrent actuellement, en ce début de 21ème siècle, un aspect malheureusement un peu délaissé, excepté les désherbages et entretiens effectués par la commune à leurs abords.

Le caractère militaire et historique de certaines tombes du cimetière des Salles-Lavauguyon mériterait leur protection et leur mise en valeur, comme c'est le cas des sépultures entretenues par les soins de l' Association du Souvenir Français dans d’autres cimetières civils et militaires.
Gageons qu'avec la commémoration du début de la Guerre 1914-1918 dans deux ans, ce souhait puisse enfin être exhaussé!

27 septembre 2012

La Duchesse-Reine Aliénor d’Aquitaine aux Salles-Lavauguyon

En cet été 2012, la « Rando-Festival Richard Cœur de Lion » avait pour ambition de faire s'assembler trois cortèges de cavaliers, costumés en chevaliers de l’Ost du roi Richard Cœur de Lion, accompagnés de randonneurs (à pied, à cheval et en VTT), pour prendre la direction de Châlus, ville limousine où est mort le roi Richard en 1199, où ils devaient finalement tous se retrouver pour une grande cérémonie de clôture.

Trois routes étaient être empruntées par ces cortèges tout à la fois historiques et contemporains :
La Route de l’Ouest, avec un départ du château de La Rochefoucauld ;
La Route du Sud, avec un départ du château de Pompadour ;
La Route du Nord, avec un départ de la cathédrale Saint-Etienne-de-Limoges (où Richard fut couronné duc d’Aquitaine en 1172 !).

arrivée de la « Rando-Festival Richard Cœur de Lion » aux Salles-Lavauguyon

Le cortège de l’Ouest, composé de nombreux cavaliers et cavalières costumés, était mené par le personnage d’Aliénor d’Aquitaine, mère du roi Richard Cœur de Lion, Duchesse d’Aquitaine et Reine d'Angleterre.

Ce rôle était admirablement tenu par la comédienne Annick Vassal, originaire de Montauban. Celle-ci a commencé sa carrière de comédienne au Théâtre Populaire d’Occitanie, fait partie aujourd'hui de la « Compagnie de l’Embellie » et pratique aussi le chant lyrique au sein de l'ensemble « A Parte ».

La Duchesse-Reine Aliénor d’Aquitaine, fut couronnée reine de France en 1137, puis, suite à son divorce avec son premier mari, elle fut couronnée reine d'Angleterre en 1154, lors de son remariage avec Henri II Plantagenêt, père de Richard Cœur de Lion.

Le personnage historique de 2012, représentant Aliénor d’Aquitaine, devait après avoir quitté la cité de La Rochefoucauld en Angoumois faire halte avec sa suite en Charente à Saint-Sornin, dans la vallée de la Tardoire, où se déroulât une cérémonie d'intronisation de la reine-mère dans la « Confrérie des vignerons pantouflards de Saint-Sornin », puis les participants devaient rejoindre la ville de Montbron pour l'étape du soir.

accueil d’Aliénor d’Aquitaine par le Bourgmestre des Salles-Lavauguyon

La première étape limousine de la « Rando-Festival Richard Cœur de Lion », devait se dérouler sur le territoire du « Parc Naturel régional Périgord-Limousin », elle avait pour cadre le bourg des Salles-Lavauguyon et son prieuré , dont l'église prieurale des 11ème et 12ème siècles peut s'enorgueillir de posséder des fresques romanes exceptionnelles datant du milieu du 12ème siècle.

Les visiteurs étaient attendu vers le milieu de la mâtinée, les plus curieux d'entre eux étaient conviés à une découverte guidée du prieuré, en prélude à l'arrivée du cortège entourant la reine-mère Aliénor d’Aquitaine.


Les cavaliers et cavalières costumés, arborant de nombreuses bannières et entourant Aliénor d’Aquitaine, furent tout d'abord accueillis à l'entrée du bourg par le Sieur François Beau en personne, Bourgmestre des Salles-Lavauguyon, qui, au nom de la Communauté de communes du « Pays de la Météorite » saluât la Duchesse-Reine dans le langage de l'ancien royaume de France, avec les égards dus à son rang.

Puis, Dame Michelle Dupé, Dirigeante du groupe de chanteurs « Los Chantadors de las Sallas », qui maintient vivant le chant en langue occitane, accueillit le cortège en parlé limousin, dialecte nord-occitan traditionnellement parlé sur le territoire du « Parc Naturel régional Périgord-Limousin ».

le cortège royal chemine vers la prieurale

Enfin, pour compléter cet accueil trilingue, Dame Ineke Marcillaud-Schellart, devait ensuite, au nom de l'association « Les amis de Saint Eutrope » des Salles-Lavauguyon, accueillir la reine et sa suite en anglais, langue du pays de naissance du roi Richard Cœur de Lion.

L'ensemble des participants, costumés pour la plupart, suivirent la reine qui, ayant mis pied à terre, se dirigea vers l'entrée principale de l'église prieurale des Salles-Lavauguyon accompagnée de Monsieur le Bourgmestre, pour être saluée par Frère Edouard, installé pour la circonstance au rang de Prieur de l'institution historique des Chanoines bénédictins des Salles.

les cavaliers et cavalières de la suite d’Aliénor d’Aquitaine

Frère Edouard se fit un plaisir d'honorer cette hôte de marque ainsi que sa suite, en leur donnant sa bénédiction de paix et en les saluant en latin puis en français, avant de les inviter en dialecte limousin à pénétrer dans le sanctuaire roman.

C'est avec un réel intérêt que la Reine-mère Aliénor d’Aquitaine et les participants à la « Rando-Festival Richard Cœur de Lion » découvrirent les richesses picturales de la prieurale Saint-Eutrope.

visite royale de la prieurale des Salles

Ce sanctuaire, fascinant de part ces peintures romanes et son architecture médiévale très pure, était autrefois dédié en premier lieu, de part son rattachement au prieuré de chanoines,  à Marie mère de Jésus. Il était aussi, de part sa fonction d'église paroissiale, dédié à saint Eutrope, premier évêque de Saintes, en Saintonge, et martyr au 3ème siècle, saint patron de la bonne fontaine adjacente au prieuré qui porte son nom.

Les jardins du prieuré servirent de cadre à la remise officielle et symbolique des clefs du bourg des Salles-Lavauguyon à la Duchesse-reine Aliénor d’Aquitaine par Monsieur le Bourgmestre.

les clefs du bourg ont été remises à la reine

Puis le cortège coloré, accompagnant celle-ci, déambulât sous la conduite de Frère Edouard dans le bourg des Salles-Lavauguyon, où il fit halte devant la fontaine avant de rejoindre à nouveau le parvis du prieuré où les attendais le buffet apéritif offert par le Conseil municipal des Salles-Lavauguyon et l'Association des Amis de Saint-Eutrope.

Ce lieu fut le cadre de l'adoubement de Monsieur le Bourgmestre par la reine-mère Aliénor d’Aquitaine. Le premier magistrat des Salles-Lavauguyon fut fait chevalier de la Table du roi Richard Cœur de Lion dans le respect des traditions médiévales.

adoubement de Monsieur le Bourgmestre par la Duchesse-Reine Aliénor d'Aquitaine
 
Ce moment de l'adoubement, qui lia solennité et bonne humeur, fut complété par un intermède offert par Frère Edouard qui déclamât un extrait du nouvel ouvrage de la Romancière Corinne Javelaud, dernièrement publié aux Éditions Dorval, roman historique consacré à l'histoire de la belle châtelaine Alix de Mortemart, épouse d'Aymeric VII de Rochechouart, et à la légende du lion rapporté des croisades, sous le titre « Alix de Rochechouart ».


dédicace du nouveau livre de la Romancière Corinne Javelaud : « Alix de Rochechouart »

Enfin, après avoir apprécié le bon moment passé autour de l'apéritif, il était temps pour les participants à la « Rando-Festival Richard Cœur de Lion » de rejoindre la salle des fêtes de la maison de ville des Salles-Lavauguyon où les attendaient un banquet médiéval, animé par les chants et musiques des troubadours de « La Mandragore ».

Vers le milieu de l'après-midi, les différents randonneurs, en VTT, à pied et à cheval, prirent le chemin de village de Lavauguyon où ils devaient effectuer une halte devant les imposantes ruines du château médiéval, ancienne demeure de la famille de Pérusse des Cars de Lavauguyon, avant de rejoindre Saint-Mathieu pour l'étape du soir.
Cette halte devant l'ancien château de Lavauguyon, situé sur la commune de Maisonnais-sur-Tardoire mais limitrophe du village du même nom dépendant de la commune des Salles-Lavauguyon, devait être le cadre d'une animation effectuée avec verve par Monsieur Jean-Pierre Mériguet, offerte par « Les Amis du site du château de Lavauguyon » qui s'emploient ces dernières années à mettre ce lieu historique en valeur.


randonneurs à cheval arborant les oriflammes

Au delà de la manifestation festive et historique, dont le prétexte était la commémoration de la mort du roi Richard Cœur de Lion au château de Châlus Chabrol à la fin du 12ème siècle, la « Rando-Festival Richard Cœur de Lion », venue de l'Angoumois, avec à sa tête le personnage de la Reine-mère Aliénor d’Aquitaine, interpelle sur l'interprétation de la vérité historique des visites royales en Limousin à l'époque médiévale, et plus particulièrement sur celles de la dynastie des Plantagenets, héritiers de la couronne du Royaume d'Angleterre et de celle du Duché d'Aquitaine.

Car il faut bien poser la question qui préoccupe bon nombre d'historiens :
Serait-il historiquement possible que la Duchesse-reine Aliénor d’Aquitaine soit passée dans la région de Saint-Mathieu ou de Rochechouart au cours de son règne ?
Une réponse positive parait bien difficile, car la vie d'Aliénor d’Aquitaine fut très mouvementée.

Toujours est-il, qu'il est indéniable que la mère du roi Richard Cœur de Lion, qui résidait en l'abbaye de Fontevraud, à la limite des provinces d'Anjou et du Poitou, à l'annonce de la blessure dont avait été victime Richard lors du siège du château de Chalus en Limousin, se soit rendue au chevet de son fils à Châlus.

La venue de sa mère ne devait malheureusement pas influencer la destinée du roi Richard Cœur de Lion, car ce dernier rendit son dernier soupir le 6 avril 1199 dans le château Chabrol en présence de celle-ci.

La plus importante interrogation pour ce qui concerne le possible passage de la Duchesse-Reine Aliénor d’Aquitaine au Prieuré des Salles est liée au parcours qu'elle aurait suivi pour aller de Fontevraud à Chalus.
Ce cheminement, aussi rapide que possible, vers ce fils gravement blessé au siège du château de Châlus Chabrol aurait pu la faire passer par le prieuré des Salles, mais pour être honnête il est plus vraisemblable de penser que la Reine-mère, elle même pensionnaire en l'Abbaye de Fontevraud, se soit arrêtée et ait été hébergée au Prieuré fontevriste de Boubon, ririgée par une prieure et situé dans l'actuelle commune de Cussac, établissement éclésiatique qui dépendait autrefois de l'Ordre de Fontevrault et profitait de la protection de nombreux seigneurs et évêques d'Aquitaine et du Limousin.


la Duchesse-Reine Aliénor d’Aquitaine en visite au prieuré des Salles

Bien que nous ne puissions pas solutionner en ces quelques lignes l'énigme du voyage d'Aliénor d’Aquitaine dans la région de Rochechouart et de Chalus et dans l'ouest du Limousin, il nous reste à nous déplacer en pensée vers le 12ème siècle pour revivre avec passion ce moment intense de l'histoire des Royaumes d'Angleterre et de France, du Duché d'Aquitaine et du Diocèse de Limoges, qu'a été la mort du Roi Richard Cœur de Lion à Chalus en l'an 1199.
Cet évènement marqua incontestablement la fin d'une époque, pendant laquelle les souverains Plantagenets dominèrent les destinées du royaume d'Angleterre ainsi que celles de nombreux Duchés et Comtés de France...

18 juillet 2012

Forteresse et cimetière de Vyšehrad à Prague : le souvenir du lieutenant Ivan Spaniel

Panorama de Prague
Il est des déplacements qui évoluent au fil du temps qui passe et, bien que le but initial ne soit pas désavoué, le hasard fait que le voyageur découvre l’inattendu à deux pas de ce qui était à l’origine l’aboutissement d’un voyage initialement très ordonnancé.

Il en fut ainsi d’une visite effectuée dans une métropole d’Europe centrale chargée d’histoire, la ville de Prague (Praha), capitale de l’actuelle République Tchèque (Česká Republika), par votre serviteur au printemps dernier.

Le hasard des découvertes transforma une réunion technique et professionnelle en une sorte de pèlerinage à la rencontre posthume de héros, issus d’un passé vieux de près de soixante années, où se forgea l’Europe d’aujourd’hui et auxquels ma génération doit une part de sa liberté.
Stand au «SAP Congres» à Prague
Ma présence dans la ville de Prague n’avait en principe rien d’une villégiature, même si en ce mois de mai 2012 le baromètre  était au beau fixe et les températures plus proches de celles de la saison estivale que des moyennes printanières. Je  devais alors participer à un congrès ayant pour thème principal les nouvelles potentialités technique d’un progiciel de gestion intégrée, communément dénommé SAP ERP en jargon informatique, et ses différentes applications.

Le Centre de congrès de Prague (Kongresové centrum Praha), lieu choisi par les organisateurs, était situé au sud du centre historique de Prague et jouissait d’une vue exceptionnelle sur une partie de la ville ancienne, en présentant aussi l’avantage d’être très proche de la Forteresse de Vyšehrad.

Vue de Vyšehrad
Le site de Vyšehrad (littéralement « Château haut » en tchèque), est caractérisé par des murailles imposantes, témoins de la transformation en forteresse de l’ancien château du Moyen-âge. Au hasard de sa promenade le visiteur est surpris par les bastions hauts perchés et des bâtiments remodelés à différentes époques de l’histoire du site, dont les plus anciennes constructions datent du 10e siècle.

Porte Leopold (Leopoldova brána)
Parmi les témoins de l’histoire de Vyšehrad il est encore possible de découvrir la Porte Tabor (Táborská brána), qui date du 17e siècle et s’ouvre sur le quartier de Pankrac, la Porte Leopold (Leopoldova brána), de style baroque construite aux alentours de 1670, la Rotonde romane dédiée à Saint-Martin (Rotunda svatého Martina), édifiée à l'origine vers 1100, ainsi que les restes d’un des châteaux fort éponyme de la ville de Prague, construit à l’origine au 10e  siècle sur une colline qui domine la vallée de la Moldau (Vltava) dans sa traversée de l’agglomération praguoise.

Saints-Pierre-et-Paul, Vyšehrad
La colline et la forteresse de Vyšehrad sont dominées par les clochers de l’église paroissiale, et Collégiale, Saints-Pierre-et-Paul (Kapitulní chrám Svatého Petra a Pavla). C’est l’une des plus anciennes églises de Prague, elle fut fondée par le Prince Vratislav II vers 1070. L’église actuelle date pour la plus grande partie de la seconde moitié du 19e  siècle, de style néogothique, elle est l’œuvre de l’architecte Josef Mocker (1835-1899), les flèches des deux clochers ont été construites en 1903.

Ce qui caractérise plus particulièrement le site de la Forteresse de Vyšehrad  est incontestablement le Cimetière national (Vyšehradský hřbitov), dominé en son centre par le caveau et Monument Slavin.

Ce cimetière remarquable fut établi en 1869 aux abords immédiats de la Collégiale Saints-Pierre-et-Paul, il est connu pour regrouper les tombes de nombreuses personnalités d’origine tchèque, peintres, compositeurs, sculpteurs, militaires, scientifiques, hommes politiques, sportifs et leurs familles.


Rotonde romane Saint-Martin
(Rotunda svatého Martina)

Les compositeurs classiques Bedřich Smetana (1824 – 1884) et Antonín Dvořák (1841 – 1904), les violonistes et compositeurs Ferdinand Laub (1832 – 1875) et František Ondříček (1857 – 1922), les poètes et écrivains Jan Neruda (1834 – 1891) et Jaroslav Vrchlický (1853 – 1912), le sculpteur et architecte Josef Václav Myslbek (1838 – 1922), la politicienne, combattante de la résistance tchèque et féministe Milada Horakova (1901 – 1950), le lauréat du prix Nobel de chimie en 1959 Jaroslav Heyrovský (1890 – 1967), l’actrice et écrivain Olga Scheinpflugová (1902 – 1968), la patineuse artistique, championne d'Europe et médaillée olympique en 1968 Hana Maskova (1949 – 1972), de même que l’acteur Vlastimil Fisar (1926 – 1991), reposent entre autres à Vyšehrad.

En amoureux des arts graphique, la plaque apposée à la mémoire du peintre et illustrateur Alfons Mucha (1860-1939) ce devait de retenir mon attention dans ce cimetière national tchèque de Vyšehrad, même si son emplacement fut quelque peut difficile à localiser.

Monument Slavin, cimetière de Vyšehrad
Alfons Mucha fut l’un des précurseurs du style Art nouveau, après une longue carrière internationale, entre autre en France et aux États-Unis, il était revenu vivre dans sa ville natale vers la fin des années 30 du 20e siècle. Son grand âge ne présenta pas pour Alfons Mucha une garantie de protection suffisante car il fut l’un des premiers internés après l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes de la Wehrmacht en mars 1939. Il est décédé le jour du 14 juillet 1939, officiellement des suites d’une pneumonie, en réalité peu de temps après avoir subi un interrogatoire par la Gestapo, qui s'intéressait plus particulièrement à lui du fait de son appartenance à la franc-maçonnerie.

Mais la tombe qui me surprit le plus fut celle constituée d’une sobre stèle de granit sur laquelle est fixée une croix en bois portant sur la branche horizontale la mention : « Lieutenant Spaniel Ivan ».

Sur le sommet de la branche verticale de cette croix se trouve un bandeau tricolore aux couleurs du drapeau français surmonté de l’inscription 3e RAC (difficilement lisible) sur la partie inférieure de cette croix figure l’inscription : « TOMBÉ AU CHAMP à HONNEUR à KRAFT le 30.11.1944 ».

Tombe d'Ivan Spaniel
Sur la stèle de granit grise qui constitue la partie en élévation de la tombe de la Famille Španiel, sont gravées dans la pierre sur la droite de la croix en bois les épigraphes suivantes : « NADPORUČĺk, MUC. IVAN ŠPANIEL, 23.7.1918 – 30.11.1944 »
Une médaille de grande taille est appliquée sur la pierre tombale au dessus de trois autre épitaphes qui se lisent successivement : « ČESKÝ SOCHÁR A MEDAILER, OTAKAR ŠPANIEL, PROFESSOR AKADEMIE, VÝTVARNYCH UMĚNÍ, 13.6.1881 – 15.2.1955 » - « LIDA ŠPANIELOVÁ, 7.5.1888 – 21.10.1973 » - « ZDENĚK RUDL ŠPANIEL, 19.6.1912 – 8.11.1981 »

Cette tombe du cimetière de Vyšehrad réunie, avec le lieutenant (nadporučík) Ivan Španiel, son père Otakar Španiel, sculpteur et médailleur tchèque renommé, sa mère Lida Rudlová-Španiel, ainsi qu’un autre membre de leur famille Zdenĕk Rudl Španiel.

C’est pourquoi, avant de faire plus ample connaissance avec le souvenir d’Ivan Španiel, une parenthèse s’impose pour retracer la vie de son père Otakar Španiel.

Vue du cimetière de Vyšehrad
Otakar Španiel était né en 1881 à Jaroměř au nord-est de la Bohême, il devint diplômé de l'école de la médaille de l'Académie de Vienne en 1901. Suite à ses études à l'Académie des Beaux-arts de Prague, de 1902 à 1904, il termina sa formation artistique à Paris en devenant l'élève d'Alexandre Charpentier, sculpteur, médailleur et ébéniste français.

Après cette période parisienne, Otakar Španiel retourna à Prague où il épousa Lida Rudlová, leur fils Ivan naquit à Prague le 23 juillet 1918. Entre temps, Otakar Španiel était devenu professeur à l'École des Arts Appliqués de Prague, en 1917, il devint au début de 1920 professeur à l'Académie des Beaux-arts. Fondateur de l'École tchécoslovaque de médailles il est aussi le créateur de la Médaille Interalliée 1914-1918 pour la Tchécoslovaquie.
Il fut fait membre de l'Académie des Sciences tchèque en 1927 et est l'auteur de la première pièce de monnaie de la République tchécoslovaque indépendante.

Otakar Španiel réalisa, entre 1920 et 1939, de nombreuses sculptures que l’on peut voir encore aujourd’hui dans Prague, tel une partie de la décoration de la porte de la façade ouest de la Cathédrale Saint-Vitus (Katedrála svatého Víta).
Tombe de Vlastimil Fisar,
cimetière de Vyšehrad
Pendant l'occupation nazie, Otakar Španiel a été emprisonné en 1942 dans le camp de concentration allemand de Svatobořice, plus connu sous le nom de code « Polaris-Centrum », situé en Moravie-du-Sud, dans ce qui était alors le Protectorat de Bohême-Moravie.

Après la Seconde Guerre Mondiale, Otakar Španiel reprit son œuvre de médailleur et fut le concepteur de la première série des pièces de la de la République Tchèque d’après 1945.

Lauréat du Prix d'Etat, artiste distingué, il remporta plusieurs grands prix lors d'expositions internationales, une rue et une école élémentaire de Prague porte son nom.

La tombe familiale du cimetière de Vyšehrad est l’une des dernières œuvres d’Otakar Španiel.

Ivan Spaniel, dont le nom est aussi orthographié Ivan Španiel en langue tchèque ou Yvan Spaniel en français, était né à Prague le 23 juillet 1918. Comme nous l’avons déjà remarqué, il était le fils d’Otakar Španiel et de Lida Rudlová- Španiel.
Porte Tabor, Vyšehrad
Ivan Spaniel vécut une enfance praguoise relativement heureuse, à une époque où la Tchécoslovaquie indépendante n’était pas encore convoitée par les grandes puissances environnantes. Il devint étudiant en médecine à l'université Charles de Prague, puis s’en alla poursuivre ses études à Paris.

Ivan Spaniel résidait en France au moment de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les forces armées de l’Allemagne Nazie en mars 1939.

Suite à cette invasion qui correspondit à la disparition de la Tchécoslovaquie indépendante et à la création du Protectorat de Bohême-Moravie, directement placé sous administration militaire allemande, il lui fut quasi impossible de rejoindre son pays natal.

Après la déclaration de guerre faite à l'Allemagne par le Royaume-Uni, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et la France, le 3 septembre 1939, en réaction à l’invasion de la Pologne le 1er septembre 1939 par les forces armées de l'Allemagne nazie, Ivan Spaniel se fit incorporer comme engagé volontaire dans l’armée française, au Camp militaire d'Agde, au début du mois de septembre de cette même année. Il fut désigné pour servir dans l’artillerie française et suivra en 1940 l'instruction militaire à l’École des officiers d'artillerie de réserve à Poitiers.

Quartier de Pankrac, Prague
Suite à l'occupation de la France par l’Allemagne Nazie, conséquemment à la défaite militaire française et à la signature de l’Armistice franco-allemand le 22 juin 1940, Ivan Spaniel refusera de se conformer aux directives de déposer les armes, comme l’avaient ordonné les autorités françaises favorable à la collaboration avec l’occupant. Il quittera la France à bord d'un voilier, pour débarquer d'abord au Portugal, puis il transitera par Casablanca, avant d'arriver en Grande-Bretagne en voyageant dans un navire à charbon.

Le 16 octobre 1940, après avoir rejoint l'Angleterre, il s’engageait dans les unités du mouvement FFL (Forces françaises libres) qui devaient continuer la lutte armée contre l’Allemagne Nazie, hors de la France métropolitaine.

La Moldau (Vltava), Prague
En 1941, promu au grade d'adjudant des FFL, Ivan Spaniel débarquait sur les côtes africaines et allait rejoindre les troupes FFL, placées sous le commandement du Général Leclerc, qui exerçaient des raids tactiques en Lybie, en partant des bases militaires françaises au nord du Tchad.
En 1942, il dirigeait une batterie d'artillerie motorisée des FFL et s'illustrait lors de la prise de la Forteresse de Gatroun dans la zone du Fezzan en Libye.

En 1943, Ivan Spaniel participait à la campagne menée par le général Leclerc dans le Sahara et en Tunisie. Il sera présent lors de la prise de l’oasis d’El-Gatrun, puis de celle de l’oasis d’Uum-el-Araneb, au sud-ouest de la Lybie. Suite à ces victoires militaires en Lybie, les forces armées FFL se joindront à la 8e Armée anglaise commandée par le général Montgomery et contribueront en mars 1943 aux opérations d’attaque puis de contournement de la Ligne Mareth au sud de la Tunisie, Ivan Spaniel sera alors promu au grade de sous-lieutenant.

Tombe de Bedřich Smetana,
cimetière de Vyšehrad
En mai 1944, comme toutes les troupes constituant la 2e Division blindée des FFL (2e DB) , commandées par le général Leclerc, Ivan Spaniel, sera transporté d’Afrique en Grande-Bretagne et restera en juin et juillet en Angleterre, en préparation des opérations sur le front occidental.
Après une période d'entraînement au Camp de Sledmere, dans la région du Yorkshire de l'Est, le 1/3 RAC, dont dépend désormais Ivan Spaniel, débarque le 1er août 1944 à Utah Beach et participera, comme unité rattachée à la 3e Armée US du Général Patton, aux combats en Normandie.

Ivan Spaniel s’illustrera à plusieurs reprises au commandement du Groupe d'Observation de la 3e Batterie de Tir, du 1er Groupe du 3e Régiment d'Artillerie Coloniale (1/3 RAC), placé sous les ordres du Commandant Fieschi.

Au sein de la 2e DB, le 1/3 RAC formait l'Artillerie du Groupement Tactique Dio (GTD).
Le 13 août 1944, la 3e  Batterie du 1/3 RAC entrait en tête des unités de la 2e DB à Carrouges, dans le département de l’Orne, où elle s’illustrait en tirant près de 260 coups de canons, permettant de mettre en déroute le bataillon de reconnaissance de la 2e   Panzer-Division allemande.

Le 3e RAC figure aux premiers rangs des unités de la 2e DB qui pénètrent dans Paris en août 1944.
Ivan Spaniel contribuera, avec son unité, à repousser la contre-attaque allemande dirigée les 28 et 29 août 1944 sur le secteur du Bourget. L’échec de cette contre-offensive permit de chasser définitivement les troupes allemandes cantonnées dans la banlieue nord de Paris.
Suite à la libération de Paris et devant l’avance des forces alliées anglo-américaines et française en France, la 2e  DB fut envoyée en direction des Vosges et de l'Alsace.

Saints-Pierre-et-Paul
et cimetière, Vyšehrad
Lors de l'avance dans les Vosges, la 3e Batterie de Tir du 1/3 RAC, dont dépendait le lieutenant Ivan Spaniel, détruisit une formation d'artillerie allemande et fit prisonniers les soldats ennemis servant les batteries de canon. Pour ses mérites Ivan Spaniel sera fait Chevalier de la Légion d'honneur et est décoré de la Croix de Guerre.

Le 24 novembre 1944, Ivan Spaniel participe avec le 1er Groupe du 1/3 RAC à la libération de Strasbourg, en y entrant avec les éléments de tête de la 2e DB.

Après la libération de Strasbourg les combats continuent en Alsace, le 29 novembre 1944 le 1/3 RAC est positionné à Krafft, village proche de Erstein au sud de Strasbourg, où il effectue des tirs d'interdiction sur le village de Plobsheim, situé entre l’Ill et le Rhin.
Dans la soirée du 29 novembre 1944  les batteries de l’artillerie Allemande répliquent violemment et arrosent le village de Krafft d’une pluie d’obus. Ivan Spaniel sera tué dans son sommeil lors du bombardement par l’artillerie allemande d'une maison située tout près du pont sur l’Ill, proche du confluent avec le canal du Rhône au Rhin.

Ivan Španiel
La fiche de décès d’Ivan Spaniel fut ainsi rédigée par les autorités militaires françaises :
« Nom : SPANIEL, Prénom : Yvan
Date de naissance : 23-07-1918 ;
Commune de naissance : Prague ; Département ou pays de naissance : Tchécoslovaquie ;
Grade : Sous-lieutenant ;  Unité : 3e RAC ;
Mention : Mort pour la France ;  Date de décès : 30-11-1944 ;
Commune de décès : Kraft ; Département ou pays de décès : 67 - BAS-RHIN ;
Cause du décès  : Tué par éclat d'obus ; Statut : militaire. »

Ivan Spaniel a été promu lieutenant à titre posthume et décoré à ce même titre de la Croix de Guerre française avec Palme. Il fut également décoré à titre postume de la Médaille pour bravoure face à l'ennemi, décernée par le gouvernement tchèque.
En 1945, un tank participant au défilé de la victoire à Paris sera baptisé de son nom.
En 1947, les cendres d'Ivan Spaniel retournèrent à Prague pour être déposées dans le caveau de famille au cimetière national de Vyšehrad.

Pont Charles, Prague
Rappelons, pour finir ce périple historique et mémoriel, que de nombreux tchèques ont combattus dans les armées alliés et s’opposèrent ainsi à l’occupation par l’Allemagne nazie de leur pays d’origine.
Ce sont en total 128 jeunes hommes d’origine tchèque qui ont donné leurs vies dans les forces armées françaises entre 1939 et 1945. Ils contribuèrent à libérer du joug nazi l’Europe occidentale et la France, mais ils n’eurent pas tous la reconnaissance qui fut témoignée à juste titre à Ivan Spaniel !