23 décembre 2010

Le temps de l'Avant et de Noël et les fresques des Salles

Le bourg des Salles-Lavauguyon peut s'enorgueillir d'avoir su conserver au travers des siècles et des pérégrinations de l'histoire un monument aussi étonnant que l'église prieurale dédiée à la fois à Saint-Eutrope, premier évêque de Saintes, et à la Vierge Marie, mère de Jésus.

Ce qui caractérise ce sanctuaire, dont l'origine remonte à l'an 1075, sont les fresques romanes exceptionnelles, datées du XIIème siècle, qui parent les murs de la nef et une partie du chœur de l'édifice.

Les sujets, inspirés de la thématique du mystère de la Rédemption du genre humain (délivrance du pêché originel selon la tradition biblique), juxtaposent des épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament à des représentations agiographiques de plusieurs saintes et saints.

Le registre des fresques des Salles et le temps de Noël

En ce temps de l'Avant et de Noël, où sont célébré la naissance de Jésus de Nazareth et les évènements qui l'entourent, se sont les fresques représentant l'Annonciation, la Nativité de Jésus, l'Annonce faite aux bergers et l'Adoration des mages, qui retiennent le plus notre attention.

Les chanoines commanditaires des fresques et les fresquistes, réalisateurs de cette iconographie historique datée du deuxième quart du XIIème siècle, ont sans aucun doute voulu marquer les visiteurs et les fidèles par la représentation vivante de ces épisodes inspirés principalement du Nouveau Testament, leur ressemblance avec des illustrations tirées des livres illustrés du Moyen-âge renforçant la fonction éducative de ces fresques romanes.

Marie et l'Annonciation
La fresque de l'Annonciation faite à Mairie représente celle-ci comme une jeune femme surprise par l'annonce qui lui est faite par l'Archange Gabriel de sa maternité surnaturelle.
Face à l'Archange, Marie est personnifiée posant à la fois une main sur son abdomen et l'autre sur son cœur et son sein gauche en signe d'acceptation de cette nouvelle miraculeuse de la conception "par la vertu du Saint-Esprit" de cet enfant auquel elle donnera le nom de Jésus.

Cet évènement, qui est le moment symbolique où est réparé le péché originel d'Adam et Ève, est à la fois célébré dans l'Évangile selon Luc (1, 26-38) : "Mais l’ange lui dit : « Ne crains pas, Marie ! Tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Tu vas être enceinte et tu mettras au monde un fils que tu appelleras du nom de Jésus." (Luc, 30-31), ainsi que dans le saint Coran (Sourate 3, 42-47) : " (Rappelle-toi,) quand les Anges dirent : "Ô Marie, voilà que Dieu t'annonce une parole de Sa part : son nom sera "al-Masih" "Hissa", fils de Marie, illustre ici-bas comme dans l'au-delà, et l'un des rapprochés de Dieu" (Al-Imran 3, 45).

Dans un registre inférieur, la fresque représentant la Nativité de Jésus est à la fois fidèle au récit évangélique de Luc (2, 1-7, 12 et 16) et aux traditions chrétiennes des premiers siècles du christianisme, puisque Marie et son nouveau né accompagnés de Joseph, cousin et époux de celle-ci, sont représentés en présence d'un bœuf roux et d'un âne de couleur grise proches d'une mangeoire dans laquelle est couché l'enfant sur lequel veille Marie sa mère, alors que Joseph, qui n'était que le père adoptif de Jésus, se tient légèrement en retrait.

Ange de l'Annonce faite aux bergers

La représentation picturale de l'Annonce faite aux bergers, fidèle à l'évangile selon Luc (2, 8-20), est dominée par le personnage de l'Ange annonciateur, elle est d'autre part caractérisée par l'image d'un troupeau de mouton auquel se mêle une grande chèvre noire au cornes ocres-jaunes qu'accompagnent les bergers munies de houlettes, battons de pastoureaux à l'extrémité courbée.

Houlettes des pastoureaux

La fresque de l'Adoration des Mages, conforme à l'Évangile selon Matthieu (2,1-12) et à la tradition de l'Épiphanie, représente Jésus sur les genoux de sa mère Marie, qui le teint à bout de bras.
Elle même est assise sur un grand siège en forme de trône. Jésus n'est pas représenté comme un nouveau né, mais comme un tout jeune enfant. Les Mages, au nombre de trois, lui apportent des offrandes protégées par des tissus, de l'or, de l'encens et de la myrrhe, selon la tradition testamentaire.

L'Adoration des Mages

Sur le mur dominant l'arc de pierre couvrant le bas côté sud de la première travée de la nef une grande fresque représente le Massacre des Innocents, conformément au texte de l'Évangile selon Mathieu (2,16) : "Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléhem et dans tout son territoire, selon la date dont il s'était soigneusement enquis auprès des mages." La fresque du sanctuaire des Salles-Lavauguyon représente par de nombreux détails les enfants martyrs et leurs bourreaux.

Si les fresques romanes de la nef de l'église des Salles-Lavauguyon sont le symbole de l'importance donnée au Moyen-âge à l'interprétation imagé des épisodes du Nouveau Testament relatif à la naissance de Jésus, il est aussi important de rappeler que leur figuration s'inscrit dans le désir des chanoines du prieuré d'accaparer l'attention des fidèles et des visiteurs du sanctuaires afin de supplanter les traditions païennes.

Car la célébration de la Fête de Noël au mois de décembre remonte à l'an 351, année où le pape Libère aurait institué la Fête de la Nativité à Rome le 25 décembre, date proche de la Fête païenne du solstice d'hiver.

Les moutons et la chèvre de l'Annonce faite aux bergers

Certaine Eglises orthodoxes, ainsi que les catholiques de rite byzantin, qui ont conservé l'usage du calendrier " julien " (introduit par Jules César), célèbrent la fête de Noël le septième jour de janvier du calendrier civil.
L'éphéméride du calendrier " julien " comporte en effet 13 jours d'écart par rapport au calendrier " grégorien " (institué par le pape Grégoire XIII au XVIe siècle) ce qui fait que le 25 décembre " julien " correspond traditionnellement au 7 janvier du calendrier civil occidental.

Les Églises protestantes et réformées célèbre aussi Noël le 25 décembre du calendrier civil. C'est la tradition protestante qui a contribué à l'utilisation du sapin décoré pour célébrer Noël en remplacement de la Crèche comme c'est le cas dans la tradition catholique.

L'Épiphanie, fête chrétienne lors de laquelle est célébrée la visite des mages à l'enfant Jésus, a lieu traditionnellement le 6 janvier. Dans certains pays, comme en France où ce jour n'est pas férié, la célébration liturgique de la fête est reportée au deuxième dimanche après Noël, en vertu d'un indult papal.