04 avril 2010

Un lieu cultuel venu de la nuit des temps…

Le sanctuaire des Salles fut créé au Haut-Moye-âge sur une éminence du relief proche d’un site de bonnes fontaines de l’ouest du Limousin, en bordure du bourg des Salles-Lavauguyon, chef-lieu de la même commune rurale Haute-Viennoise.

Cet endroit privilégié constituait un élément de soutien aux voyageurs en bordure d’un itinéraire de long parcours antique, encore utilisé au Moyen-âge, aux limites de plusieurs divisions territoriales anciennes.
L’emplacement des fontaines des Salles avait la particularité de concentrer sur un même lieu trois sources alimentées en permanence.
Il était situé en limite du talweg d’un replat du relief, proche d’un affluent de la Tardoire, baptisé ruisseau de l’abbaye aux Temps Modernes. En cet endroit les voyageurs parcourant un itinéraire nord-sud étaient obligés de franchir l’obstacle d’une vallée humide par le passage d’un gué.
Ces sources, facilement accessibles, constituaient non seulement l’assurance de pouvoir puiser de l’eau potable en toute saison, mais paraissent être devenues très tôt l’objet de vénérations liées à un culte de la nature. Ces pratiques n’ont rien d’étonnant dans un territoire où l’occupation humaine est attestée dès l’époque néolithique et à l´âge du bronze.

Il est également concevable d’affirmer que les gallo-romains apportèrent un intérêt particulier au sanctuaire dont ils tentèrent de s´approprier le culte en remodelant les aménagements entourant les sources et en y ajoutant vraisemblablement un petit temple.

Les bâtisseurs du Moyen-âge qui n’étaient pas affranchi d’appréhensions superstitieuses ont intégré une sculpture d'une tête de divinité gallo-romaine sur l’un des piliers de la façade de l’église romane.
Cette marque de respect à postériori est indéniablement liée à la peur des forces naturelles et aux pratiques cultuelles supposées se rapporter aux pouvoir guérisseurs des bonnes fontaines.
La recherche d’une protection divine ou surnaturelle, sans considération d’une possible origine polythéiste, s’est perpétuée en relation avec l’attribution aux sources de pouvoirs supposés guérisseurs que l’on rencontrait dans de nombreux recoins des campagnes limousines, de même qu’en plusieurs lieux de la commune des Salles-Lavauguyon, jusqu’à une époque très récente.

Le réemploi d’un élément d’architecture antique n’est pas unique dans le sanctuaire roman des Salles, un chapiteau composite surmontant une colonnette encadrant la baie de la première travée de la nef de l’église prieurale, semble avoir une origine plus ancienne que l’édifice roman dans lequel il est enchâssée, de part sont décor de feuilles d’acanthe stylisées et la finesse de sa sculpture.

Ces références à un lieu de culte ancien nous permettent d’aborder l’un des aspects de la christianisation de ce lieu longtemps dédié à l'origine au paganisme. C’est par l’intermédiaire d’un saint personnage évangélisateur que cet endroit fut au Haut-Moyen-âge accaparé par une confrérie chrétienne.

Mais il est fort probable que le site des fontaines des Salles dédié à Eutrope, premier évêque de Saintes, dont le nom fut aussi lié au Moyen-âge à d’autres sites de bonnes fontaines dans l’espace Lémovice, ai été nommé du nom du missionnaire apostolique bien avant l’arrivée de la communauté de chanoines à la fin du XIème siècle.

Ce n’est pas seulement dans l’architecture du sanctuaire des Salles que nous retrouvons des références à l’antiquité, c’est aussi dans son important programme de fresques romanes du milieu du XIIème siècle que les symboles gréco-romains ou même égyptiens sont les plus facilement identifiables de par l’utilisation d’une imagerie rattaché à des épisodes et écrits mythologiques ou classiques.

Si votre curiosité est éveillée par ces propos je vous convierai bientôt à franchir ensemble les portes du sanctuaire à la recherche de la représentation des "cornes minotauresques" associées à l’énigmatique "Mérétrix", incarnant à elle seule tous les vices…
Mais si un bestiaire plus sage guide votre curiosité, peut-être serez vous plus inspirés par les représentations des chiens gardiens symboliques du sanctuaire
Si la Genèse Universelle motive votre quête, je vous inviterez à contempler le Jardin d'Éden, tel que le représentait les fresquistes de l’époque romane, endroit fantasmagorique où suite à la Création d’Adam et d’Ève, un serpent malfaisant enroulé sur le tronc de l’arbre du savoir est associé à un macaque moqueur incarnant l’esprit du mal et annonçant le renvoi du premier homme et de sa compagne hors de ce fameux et hypothétique Paradis Terrestre ...