13 septembre 2018

Forge de Peyrassoulat et cartographie du Périgord-Limousin-Angoumois (2)


Chéronnac et la Forge de Peyrassoulat sur les cartes anciennes

            Le bourg de Chéronnac et les forges de la Vallée de la Tardoire sont représentées sur plusieurs cartes datant d’avant la Révolution.

              Une Carte de la Généralité de Limoges, divisée en ses cinq élections, établie en 1719 par le Sieur Bernard-Jean-Hyacinthe JAILLOT (1673-1739), Cartographe ordinaire du Roi Louis XV, montre la complexité de la situation territoriale pour les anciennes paroisses et seigneuries situées aux confins de plusieurs juridictions. Le site de Peyrassoulat est situé à la limite de deux juridictions. 

            Les bourgs de Chéronnac, Sauvagnac, Videix et Pressignac, ainsi que les proches villages de la Vauguyon et Saint-Gervais, étaient situés dans l’Élection d’Angoulême, qui dépendait elle-même de la Généralité de Limoges
La ville de Rochechouart, les bourgs de Chaillac, Biennac, Oradour-sur-Vayres, Vayres, Saint-Bazile, Champagnac, Saint-Mathieu, Marval, Pensol, Reilhac, Busserolles, Maisonnais et Les Salles, étaient situés dans la Généralité de Poitiers.


Carte de la Généralité de Limoges 1719 (Fragment)
Établie par le Sieur Bernard-Jean-Hyacinthe JAILLOT (1673-1739)
Cartographe ordinaire du Roi Louis XV


            Une carte dite « Carte de Guyenne » ou « Carte de Belleyme », dont les levés ont été effectués de 1761 à 1774 par Pierre de BELLEYME (1747-1819), ingénieur et géographe du Roi Louis XV, et ses assistants, représente dans la section Abjat-sur-Bandiat la partie de l’ancienne Paroisse de Chéronnac, située au sud de la route allant de Sauvagnac à Vayres.

            Sur la « Carte de Belleyme », le site de Peyrassoulat, nommé « Persoulas », est indiqué comme « Forge ». Il est caractérisé par un important barrage sur la Tardoire, la roue à aubes du moulin alimentant la forge est figurée directement sur la rivière en aval du barrage.

            Le Moulin du village de Peyrassoulat est figuré, en aval du site de la Forge de Peyrassoulat, sur un canal par lequel les eaux de la Tardoire étaient déviées.

            L'ancien château de Chéronnac, les forges du Buisson et de Raux, sont également mentionné sur cette carte de Pierre de Belleyme. Certains moulins, aujourd’hui disparus ou ruinés, le Moulin du Pont, le Moulin de Courau, le Moulin de la Razide, le Moulin de Figaraunas, le Moulin de Puy Boulard et un moulin situé en aval de la Forge de Raux figure aussi sur ce relevé topographique.


« Carte de Guyenne » ou « Carte de Belleyme » de 1770


           Une « Carte du diocèse de Limoges », établie par M. Pierre CORNUAU, géographe du roi, au cours du 18e siècle, publiée en 1782 et dédiée à Monseigneur L. C. Duplessis d'Argentré, évêque de Limoges, indique clairement le tracé (figuré par deux fines lignes sur le plan) de l’ancienne route de Limoges à Angoulême, entre Séreilhac, dans le diocèse Limousin, et La Rochefoucauld, dans le diocèse Angoumoisin.

            L’ancien « Grand Chemin de Limoges à Angoulême », indiquée sur la « Carte du diocèse de Limoges » de 1782, était essentiel pour le transport des produits des forges de la Haute-Vallée de la Tardoire.

            Ce chemin est mentionné dans un « État par paroisses de la Vicomté de Rochechouart », établi en 1785. Venant de Séreilhac, il traversait les paroisses de Saint-Laurent-de-Gorre (aujourd’hui Saint-Laurent-sur-Gorre), Saint-Jean et Saint-Pierre-de-Vaire (aujourd’hui réunies dans le bourg de Vayres), passait à proximité du bourg de Chéronnac, et au Nord de la paroisse de Les Salles (dont le nom a été rajouté manuellement sur la carte imprimée). 

            L’ancien « Grand Chemin de Limoges à Angoulême », traversait ensuite le village de Sauvagnac, avant de quitter le territoire de la Vicomté de Rochechouart et de rentrer en Angoumois. Il passait près du village du Lindois (aujourd’hui Le Lindois), traversait le village de l’Arbre situé sur un des plus hauts points du relief charentais et suivait ensuite la ligne de crête en par les paroisses de Mazerolles et d’Yvrac, avant d’atteindre la ville de La Rochefoucauld.

            Dans la ville de La Rochefoucauld l’ancien chemin de Limoges à Angoulême rejoignait la route principale venant de Saint-Junien. Après la traversée de la Vallée de la Tardoire, la route passait près des paroisses de Saint-Projet et Saint-Constant, puis traversait la Vallée du Bandiat au Pont de la Bécasse, avant de rejoindre Ruelle-sur-Touvre, où se trouvait l’importante Fonderie Royale, crée par monsieur le Marquis de Montalembert

            Cette route aboutissait finalement dans le Faubourg de l'Houmeau à Angoulême, où les productions des forges de la contrée autour de Chéronnac étaient transbordées sur des gabares, pour être ensuite transportées par bateau sur la partie navigable de la Charente


Carte du diocèse de Limoges, par Pierre Cornuau, 1782


            Une « Carte de la généralité de Limoges », publiée en 1783, établie par Louis Capitaine du CHESNOY (1749-1797), ingénieur géographe du Roy Louis XVI, montrait clairement les trois retenues d’eau et les moulins sur la Tardoire, en relation avec les activités des forges, bien que celles-ci ne soient pas identifiées nominalement.

            Sur la « Carte de la généralité de Limoges », de 1783, outre la ville de Rochechouart, entourée de murailles, et les nombreux villages ou paroisses de la Vicomté, figure aussi un important chemin, tracé sur le sommet du relief, entre les bassins versants de la Vienne, de la Charente et de son affluant la Tardoire, qui traversait la paroisse de Chéronnac d’Est en Ouest.


Carte de la généralité de Limoges, de 1783 


            Le plan cadastral de la commune de Chéronnac, daté de 1828, montre l’emplacement des bâtiments de la Forge de Peyrassoulat, situés au bord du bief qui alimentait les roues à aubes actionnant le marteau pilon et les soufflets, ainsi que celui de l’habitation du maître de forge, située en amont, face à la courbe de la rivière.

            Les bâtiments de la Forge forment une seule parcelle cadastrale répertoriée sous le numéro 512. Le plan permet de constater certaines particularités dans la structure architecturale des bâtiments de la Forge de Peyrassoulat. En plus de l’angle formé par le bâtiment de la Forge proprement dite et celui hébergeant d’autres ateliers ou entrepôts, il est possible d’identifier plusieurs excroissances qui laissent à penser que des appentis ou agrandissements avaient été rajoutés à des dates indéterminées.

            Une aile carrée est dessinée au centre du bâtiment de la Forge et une excroissance sur son plus petit côté, une construction en arrondi est figurée sur un côté de l’aile des entrepôts.   
L’île bordant le canal du moulin porte le numéro cadastral 513. La maison du maître de forge est rattachée à une grande parcelle, portant le numéro 511 du cadastre, celle-ci sépare la maison du bâtiment de la Forge.

            Une autre parcelle, située à l’arrière de la maison, qui donne à penser qu’une terrasse avait été aménagée à l’opposé du côté tourné vers la Forge, est aussi rattachée la maison du maître de forge. La parcelle correspondant à l’ancien jardin potager, caractérisée aujourd’hui par les Ifs centenaires, est enregistrée sous le numéro 514 du cadastre.


Détails du cadastre, de la commune de Chéronnac, de 1828



Orientation Bibliographique :

             « Atlas géographique, contenant les Cartes des Provinces et Généralités d'Orléans, de Tours, de Bretagne, de Poitiers, de la Rochelle, de Limoges, de Bourges, de Moulins, de Lyonnois, de Dauphiné, de Provence, du [...] et la Principauté d'Orange, du Languedoc, de l'Auvergne, de la Guyenne et Gascogne, et du Roussillon » ; Tome IX – 1719 – Bibliothèque nationale de France.

            « Carte de la généralité de Limoges ; levée géométriquement, par Cornuau, Pierre et Capitaine, Louis, ingénieurs géographes du Roi » – 1781 – Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans.

            « Carte de la Guyenne par Belleyme » 1762/1783 – Archives départementales de la Dordogne

            « Plans du Cadastre dit « Napoléonien » du département de la Haute-Vienne » ; Levés entre 1808 et 1841 ; Numérisés dans le cadre d'un partenariat avec l'État (sous-série 3 P) - Archives départementales de la Haute-Vienne.

           « L’itinéraire antique de Limoges à Angoulême », par Marcel VILLOUTREIX ; Publié dans « Travaux d’Archéologie Limousine, 1983, N° 4 » ; Association des Antiquités Historique du Limousin ; Publication : Limoges, Juin 1984.

            « Chemin des platanes » ; Édition : Pays d’Ouest Limousin et Chataigneraie Limousine - Randonnée Haute-Vienne ; Publication : 2006.

            « Dictionnaire Historique et Géographique de la Haute-Vienne », par André LECLER (1834-1920), complété par Henri DUCOURTIEUX (1819-1865) ; Édition originale : Imprimerie-Librairie Ducourtieux, Limoges ; « Annuaire de la Haute-Vienne » 1902-1909 ; « Premier tome », lettres A à O, Édition Ducourtieux, 1920 ; « Second tome », Édition Ducourtieux, avec le soutien de la Société archéologique et historique du Limousin, 1926 ; Édition en ligne, complétée par Mme Anne Gérardot, Archives départementales de la Haute-Vienne, 2014.


    
Il y aurait encore beaucoup à dire sur le riche héritage naturel, culturel et historique de Chéronnac et des terroirs avoisinants, mais ceci sera le sujet des publications qui vous entraînerons à la découverte de ce site dans les annales et inventaires … (à suivre donc !)...

31 août 2018

Forge de Peyrassoulat à Chéronnac, en Périgord-Limousin-Angoumois (1)


Les Forges anciennes en Périgord-Limousin-Angoumois


            L’histoire de la métallurgie en Périgord-Limousin-Angoumois* appartient aujourd’hui au passé. Pourtant, pendant des centaines d’années, les berges de nombreux cours d’eau de cette petite région de l’Ouest du Massif-Central ont retenti du bruit des forges, des marteaux, des enclumes, du chargement et coulées des hauts et bas fourneaux, ainsi que de celui du transport du minerai ou des fontes, vers les sites des fabriques artisanales nombreuses sur ce territoire.

            L’actuel Parc Naturel Régional Périgord-Limousin* fut caractérisé, du Moyen-âge jusqu’au troisième quart du 19e siècle, par une riche activité métallurgique. Celle-ci était due à l’implantation de très nombreuses forges sur l’ensemble de ce territoire situé, sous l’Ancien Régime, sur les limites des provinces du Limousin, de l’Angoumois et du Périgord, et, depuis 1790, sur celles des départements de la Dordogne, de la Charente et de la Haute-Vienne !

Carte des Forges du Périgord-Limousin-Angoumois
aux 18e et 19e siècles (
Dessin de Vincent Nogues)


            La situation géographique des établissements métallurgiques avait été principalement imposée, dès les origines, par la disposition des cours d’eau descendant des contreforts du Massif-Central. Ceux-ci fournissaient une eau abondante capable de produire la force motrice nécessaire à actionner les soufflets pour les foyers des fonderies, ainsi que les martinets, ou marteau pilons, utilisés pour marteler la fonte et le fer dans les forges.

            Contrairement à d’autres rivières le débit de la Tardoire et du Bandiat est plus puissant en amont que sur leur trajet vers l’aval, où elles rencontrent les calcaires du Jurassiques Supérieur et disparaissent, presque totalement selon les saisons, dans des failles et gouffres du Karst de La Rochefoucauld*, pour resurgir en différents endroits, notamment aux Sources de la Touvre
De part cette disposition les forges ne purent pas être installées en aval du Moulin de la Forge de Rancogne sur la Tardoire et au dessous de la Forge de La Mothe, à Feuillade, sur le Bandiat.

Situation du Parc Naturel Régional Périgord-Limousin
 
           Les forges du Périgord-Limousin-Angoumois, dont plus d’une centaine ont œuvré simultanément, fabriquaient de la fonte de fer, des fers retravaillés de différentes qualités, de l’acier et des objets en fonte : marmites, poêlons et plaques de cheminée. Certaines forges produisaient aussi des clous ou de l’outillage métallique pour l’artisanat et l’agriculture. Les plus importantes ont réalisé des canons de marine pour l’Arsenal de Rochefort.

            Le travail des forges retenait aussi toute une main-d’œuvre de bucherons, de charbonniers et de fondeurs, bien que ces derniers ne venaient aux grandes forges que pour le coulage et le chargement des hauts-fourneaux. Ceux retravaillant la fonte pour fabriquer les différentes sortes de fers avaient toutefois un emploi plus régulier. Ces manufactures métallurgiques de plus ou moins grandes importances, venaient compléter une activité agricole traditionnelle, fréquemment peu productive de part les difficultés rencontrées sur le relief accidenté de cette région de l’Ouest du Massif-Central, presque essentiellement caractérisé par un sol formé de roches granitiques.

AFFINEURS au travail dans une forge
d’après l’ENCYCLOPÉDIE

            Les fabriques, quelles soient constituées autour des hauts-fourneaux ou des feux d’affinages, s’étaient installées au plus près des ressources naturelles utilisées : le minerai de fer et le bois, pour la fabrication du charbon, pour ce qui concerne les matières premières, les cours d’eau (Tardoire, Trieux, Bandiat, Côle, Dronne et Lizonne), ainsi que les nombreux déversoirs d’étangs naturels ou artificiels de la région granitique, pour l’énergie hydraulique. Au 18e siècle, le territoire du Périgord-Limousin regroupait le vingtième des fabriques à fer de France, et était en 1789, au début de la Période Révolutionnaire, la sixième région sidérurgique du Royaume de France.

            Les revenus de ces sites industriels étaient souvent combinés avec ceux d’un domaine agricole ou par l’exploitation forestière, notamment pour la production de charbon de bois destinée aux forges, et par celle des matières premières du sous-sol : minerais de fer, roches et pierres pour les constructions. Toutes ces forges n’avaient pas la même importance économique. De nombreux établissements appartenaient à un noble ou à un riche propriétaire, ceux-ci déléguaient souvent la responsabilité de l’activité métallurgique à un Maître de forge, ou affermait la forge elle-même. De la même façon que les grands propriétaires laissaient l’exploitation de leurs domaines agricoles aux soins de métayers, ou colons, et s’occupaient seulement de l’exploitation de leurs réserves foncières.

            C’est dans ce contexte que le chroniqueur du « Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Haute-Vienne » de 1858 mentionne que Monsieur Adolphe BOISBERTRAND, de Peyrassoulat, de la commune de Chéronnac, en Haute-Vienne :
« … possède une forge entourée d’une propriété de 97 hectares, exploitée en deux domaines et une petite réserve. » Ce même bulletin précise aussi que : « M. Boisbertrand a su prendre dans sa réserve l’initiative de bonnes cultures. Il a chaulé (depuis 1854), introduit des plantes fourragères, labouré les terres à la charrue, et, faisant de cette réserve une espèce de ferme-école, il a su entraîner ses colons dans la voie du progrès réel ».
            Monsieur Adolphe BOISBERTRAND, était maire de Chéronnac et avait obtenu en 1857 la médaille d’argent agricole, pour les amendements calcaires qu’il avait réalisé dans les terres de sa réserve.

La Tardoire, près de l’ancienne Forge de Peyrassoulat

La Forge de Peyrassoulat

            La Forge de Peyrassoulat, devenue propriété de M. Adolphe BOISBERTRAND au milieu du 19e siècle, était un établissement sidérurgique établi depuis très longtemps dans la Haute Vallée de la Tardoire. Ceci est certifié par un inventaire de 1789, sur lequel il est indiqué que la Forge de Peyrassoulat est une forge à un feu, « établie de temps immémorial, sur une retenue d’eau de la Tardoire ».

            Le site de la Forge de Peyrassoulat, située dans la commune de Chéronnac, en Haute-Vienne, dans le Parc Naturel Périgord-Limousin, se trouve aujourd’hui en contrebas du village du même nom, sur les bords de la Tardoire, en amont de l’ancien moulin à grains de Peyrassoulat, mentionné sur un acte du registre paroissial de Chéronnac en 1788.

            Le village de Peyrassoulat, est érigé sur un talweg naturel orienté Est-Ouest, sur lequel ont été aménagé des terrasses ayant permis l‘édification des bâtiments de l’ancienne forge.

La forge était elle même installée près d’un barrage constituant la retenue d’eau nécessaire à actionner le marteau-pilon et les soufflets de la manufacture, dans un coude formant un méandre sur le parcours de la Tardoire, qui coule à cet endroit dans une profonde vallée.

            Le sommet de la colline située entre le bourg de Chéronnac et le hameau de Peyrassoulat forme, au lieu-dit la Grue, à une altitude avoisinant 240 m, le point de rencontre de deux lignes de partage des eaux, celle entre le Bassin de la Charente et le Bassin de la Vienne, d’une part, et celle entre la Haute vallée de la Charente et la Haute vallée de la Tardoire, d’autre-part. 

Aperçu du site de la Forge de Peyrassoulat au début du 21e siècle 
(Dessin de M. Alain Freytet, Paysagiste d.p.l.g.)

            Comme d’autres emplacements de forges historiques en Périgord-Limousin-Angoumois, le site de Peyrassoulat se distingue par un riche environnement naturel et d’importants vestiges archéologiques, témoins d’un florissant passé industriel et humain, aujourd’hui révolu.

            Les bâtiments la Forge de Peyrassoulat sont aujourd’hui en ruines, mais on reconnait les vestiges de différents locaux industriels, de l’habitation, les terrasses aménagées à flancs de vallée, le système de drainage et l ‘emplacement de l’ancien jardin potager. Les restes de mâchefer, disséminés sur le site, sont les derniers témoins encore visibles de l’activité de cet ancien établissement métallurgique.

Ruines de l'ancienne maison du maître de forge


           La Tardoire, qui prend sa source dans les Monts de Châlus, alimentait en eau les biefs de nombreux moulins encore en activité au début du 20e siècle. La Forge de Peyrassoulat n’était pas la seule à profiter de la qualité des eaux de la Tardoire, réputée pour le trempage de l’acier. Deux autres forges existaient autrefois entre Chéronnac et Les Salles-Lavauguyon : la Forge du Buisson et la Forge de Raux

            Le nom actuel du site de Peyrassoulat a été autrefois connu sous différents vocables : Peirassoullat (1610 & 1787), Persoulas (1770 & 1785), Peyre-Soulat, Peyreloutat (1788), Peyrassoulas, Peyrassoulat (1808).

            Le mot « Peyer », que l’on retrouve dans le toponyme Peyre-Soulat, est une expression du dialecte limousin, qui vient de l'occitan « périra », issu du latin « pĕtra », qui signifie roche ou rocher. Dans ce même dialecte limousin, le mot « soulât » est communément lié à la notion d’ensoleillement. Le toponyme « Peyre-Soulat » (écrit aujourd’hui Peyrassoulat) pourrait donc être traduit en français par : « La roche ensoleillée », ou « La pierre rayonnante » !

Peyrassoulat avant l’histoire

            Dans un « Inventaire des monuments mégalithiques ainsi que des découvertes archéologiques qui ont été faites dans notre région », réalisé par le docteur Albert MASFRAND et publié dans le « Bulletin de la Société Les Amis des sciences et arts : revue scientifique, archéologique et agricole » en 1903, édité par l’imprimerie Dupanier de Rochechouart, il est fait mention de la découverte d’une « Hache néolithique » à Peyra-Soula, dans la commune de Chéronnac. Cette mention, faite par le Docteur Masfrand, de la découverte d’une hache en silex poli, datant de l’Époque Néolithique, confirmerait une présence humaine de longue date sur le site de Peyrassoulat.

            La communication de la découverte d’un objet néolithique à Peyrassoulat n’est pas isolée, puisque celles d’éclats de silex, de pointes de flèches en silex et d’haches de pierre de l’âge néolithique ont été plusieurs fois mentionnée sur le proche site de Montoume, situé aussi dans la commune de Chéronnac, qui fut peuplé, à l’âge de la pierre polie par une ethnie néolithique qui utilisaient du silex provenant de la région charentaise. 

            La tradition populaire, qui disparaît malheureusement de nos jours avec les anciens habitants des villages qui en étaient les détenteurs, rapporte qu’une pierre levée, autrement dit un Menhir, était visible autrefois aux abords du village de Peyrassoulatprès du croisement des trois chemins communaux qui séparent le parcellaire du village de celui dénommé « Les terres de Peyrassoulat » Cette pierre levée, dressée par les soins des hommes de l'Époque Néolithique, peut être liée au nom même du lieu, puisque que le nom « roche » ou « pierre » (peyre) et le suffixe « ensoleillé » ou « rayonnant » (soulat ou soulas en Dialecte Limousin) contenus dans le toponyme se rapportent généralement à la présence d’un menhir dans la directe proximité, ce dernier ayant été souvent utilisé pour marquer les limites territoriales des peuplades du Néolithique
            
Peyrassoulat, un site naturel d’exception

            Le site de l’ancienne Forge de Peyrassoulat est aujourd’hui classé « Zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique ». Il est caractérisé par deux platanes, qui agrémentaient l’esplanade face aux ruines de la maison de maître, par quatre ifs plusieurs fois centenaires situés dans un ancien jardin, ainsi que par les vestiges des bâtiments de la forge et de ceux du barrage sur la Tardoire.

            Peyrassoulat est connu pour sa flore typique : nombreuses espèces de fougères, Osmonde Royale, Fougères grand aigle, et surtout Fougères scolopendres (ou Langue de cerf), qui sont atypiques sur les sols granitiques tel que celui de la Haute-Vallée de la Tardoire, mais qui poussent ici dans les anfractuosités des anciens murs où la chaux leur apporte le calcaire nécessaire à leur croissance, tapis de pervenches au printemps, noisettes de terre, millepertuis sauvage, anémones, jacinthes sauvages, orties jaunes (ou lamiers jaunes).     
       
            Quatre ifs communs (Taxus baccata) *, de circonférences et d’envergures imposantes, accueillent le visiteur à l’entrée du site. Ils sont situés aux angles d’une ancienne terrasse en surplomb, sur laquelle était autrefois établi un jardin potager à la française, ce dernier était encadré par deux pavillons, aujourd’hui ruinés, qui dominaient les murs de soutènement face au chenal d’écoulement du moulin, installé sur la Tardoire

Ifs (Taxus baccata) de Peyrassoulat et mur de soutènement de l’ancien jardin potager

            Les éléments naturels les plus marquants du site de Peyrassoulat sont toutefois les deux platanes plusieurs fois centenaires.

            Le plus impressionnant des deux arbres est un platane dit d'Amérique (Platanus occidentalis) *, classé parmi les arbres monumentaux de la région. La circonférence du tronc de l'arbre, mesurée (en Février 2012) à une hauteur d’environ 1 m du sol, est proche de 6 m. La hauteur mesure environ 40 m. Il serait aujourd’hui âgé d’environ 270 ans (± 30 ans), et aurait été planté vers 1740 (± 30 ans).

Grand platane du site de la Forge de Peyrassoulat, âgé de 250 ans


            Le grand platane (Platanus occidentalis) du site de la Forge de Peyrassoulat aurait été planté à l’époque où le fief de Chéronnac passa dans le domaine de la famille de Mirabeau, suite au mariage de Marie Geneviève de VASSAN, vicomtesse de Saint-Mathieu, baronne de Pierre-Buffière, dame de La Tournelle, Chéronnac, Brie, Champagnac, Puyméreau et Sauveboeuf (décembre 1725 – novembre 1794), en avril 1743, avec Victor de RIQUETTI de MIRABEAU (1715-1789). Le proche château, dit de Mirabeau, aujourd’hui ruiné et dont il ne reste que le sommet d’une tour, dominait le village de Peyrassoulat et le site de la Forge du même nom, et appartenait à la famille Vassan jusqu'à la Révolution française.

            Il est aussi concevable que le platane occidental de la Forge de Peyrassoulat aurait été planté du temps où le Marquis Louis-Urbain Aubert de Tourny était Intendant de la Généralité de Limoges, puisqu’il occupa cette fonction de 1730 à 1743. C’est aussi sur l'initiative de l’intendant Tourny que « Les états généraux des fonds », qui constituent une forme primitive du cadastre, ont été réalisés par les arpenteurs royaux, dans les années 1740-1760, pour l’ancienne Généralité de Limoges.

            Le second platane, âgé d’environ 200 ans, situé de l’autre côté des ruines de la maison d’habitation des Maîtres de forge, est un platane commun (Platanus acerifolia)*. Il possède une circonférence de 4,2 mètres et une envergure de 35 mètres. Il aurait été planté à l’Époque de la Révolution Française. 

            L’ancienneté des constructions et d’un habitat sur le site de la Forge de Peyrassoulat est incontestablement confirmée par la présence des quatre ifs communs âgés de plus de 500 ans (± 30 ans), qui ont poussés sur une terrasse soutenue par d’imposants murs de pierres.

            L’édification des murs de soutènement de l’ancien jardin est bien antérieure à la plantation de ces arbres cinq fois centenaires qui se dressent encore aujourd’hui sur le site, ce qui permet de dater la construction de cette structure du 15e siècle ou de la fin du 14e siècle.

            La plantation des ifs communs, devenus aujourd’hui exceptionnels de par leur âge, daterait des alentours de l’année 1495. Cette date présumée permettrait d’affirmer que leur ancienneté remonterait au règne du Roi de France Louis XII (1462- 1515). Ceci confirme que le site de la Forge de Peyrassoulat existait déjà à l’époque où Foucaud de ROUSIERS (1479-1497), Sieur de la MOTHE, fils de Pierre de ROSIERS et de Catherine FAULCON de SALES, époux de Catherine DAVID, était seigneur de Chéronnac. Ce même Foucaud de ROUSIERS semble avoir fait édifier, ou modifier et agrandir au 15e siècle, les fortifications du « vieux château » de Chéronnac, connu sous le nom de « château de Mirabeau » car il appartenait à sa femme Marie-Geneviève de VASSAN, descendante de la famille des sieurs de la MOTHE de Chéronnac. Il ne reste malheureusement aujourd’hui de ce château qu’une tour en ruine avec de belles canonnières et les fondations très endommagées de quelques murs d’enceinte.

Blason de la famille de ROSIERSou ROUSIERS
seigneurs de Chéronnac au 15e siècle


La Forge de Peyrassoulat, un interêt patrimonial indéniable

            Les annales et publications dédiées à la Forge de Peyrassoulat permettent d’affirmer qu’elle aurait fonctionné sans interruption du Moyen-âge jusque dans le troisième quart du 19e siècle. C'est ce qui a motivé au printemps 2018, l'organisation du visite-conférence sur le site même de l'ancien établissement métallurgique où était retravaillé la fonte provenant des hauts-fourneaux du Périgord.

            Le dimanche 17 juin, un groupe de 80 personnes, constitué par des passionnés d'histoire et de nature auxquels s'étaient joint les membres de "Les Amis de Saint-Eutrope et des Sources de la Charente", ont su répondre à l'invitation de l'association et de la Mairie de Chéronnac, et ont accompagné Édouard des Salles, pour une découverte insolite du site qui les a enthousiasmé !


* La région dite « Périgord-Limousin-Angoumois » est située sur les limites des anciennes provinces françaises qui lui ont donné son nom, dans les actuels départements de la Dordogne, de la Haute-Vienne et de la Charente.

* Le « Parc Naturel Régional Périgord-Limousin », est situé à la périphérie Nord-Ouest du Massif-Central, il a été créé le en mars 1998. Il s’inscrit dans un triangle entre Angoulême à l'Ouest, Limoges au Nord-Est et Périgueux au Sud, bien que ces villes soient relativement éloignées des limites du parc.

* Le Karst de La Rochefoucauld, d’une superficie de 500 km², s’étend entre La Rochefoucauld à l’Est, la Faille de l'Échelle à l’Ouest, la Bonnieure au Nord et le Bandiat au Sud, au seuil des anciennes provinces de l’Angoumois et du Périgord. C’est le second bassin karstique de France, principalement drainé par la Résurgence de la Touvre.


L’if commun (Taxus baccata) est une espèce de conifères de la famille des Taxaceae, de grande longévité, poussant lentement, il est parfois appelé if à baies. Il est originaire d’Europe, d’Afrique du Nord et du nord de l’Iran. En France, cet arbre est devenu rare à l’état naturel.
L’If a été planté dans les cimetières traditionnels, près des églises, puis dans les parcs et jardins, ce qui lui a probablement évité l’extinction au cours du Moyen Âge. Le bois d’If était très utilisé au Moyen Âge pour la confection des Longbow et des arbalètes. Il est imputrescible et très stable, en plus d’être à la fois robuste et d’une certaine souplesse, qui sont deux qualités essentielles pour un arc. 
La chair du fruit n’est pas toxique et elle est consommée par les oiseaux qui rejettent la graine, toxique comme le reste de la plante, dans leurs excréments. Dans la mythologie irlandaise, l’if est l’un des cinq arbres sacrés ramenés de l’Autre Monde. Connu comme l’arbre de Ross, il était supposé être le « rejeton de l’arbre qui est au paradis », et il apporta l’abondance à l’Irlande. Le bois d’If était tenu pour magique chez les Celtes, de par son lien avec les morts et les ancêtres.

* Platane d'Amérique (Platanus occidentalis), Platane occidental ou « Sycamore », appelé plus rarement Platane d'Occident, (Platanus occidentalis) est une espèce d'arbre de la famille des Platanacées, utilisée comme arbre d'ornement.

Cet arbre est originaire de l’Est et du Sud de l'Amérique du nord, principalement aux États-Unis, du sud de l'Ontario jusque dans le sud du Texas et de l'est du Kansas jusqu'à l'océan Atlantique, et au Canada jusqu'à la limite sud du Québec. Le nom commun américain ou anglophone de cet arbre est « sycamore », que l’on ne doit pas confondre avec le sycomore d'Europe, qui est un érable.

Il est couramment considéré que c’est le botaniste, jardinier et collectionneur britannique, John Tradescant le Jeune, qui a introduit le Platane d'Amérique (Platanus occidentalis) en Angleterre au retour de son premier voyage en Virginie, en 1637.


Le Platane d'Amérique (Platanus occidentalis) a été utilisé en France et en Europe comme arbre d’ornement. Toutefois, cette espèce de platane eut un développement difficile car très sensible aux attaques d'anthracnoses, elle ne fructifia que très rarement. Il aime en général les sols légers, profonds et frais tels qu’on en trouve dans les vallées des rivières.

C'est un grand arbre qui peut atteindre 50 mètres de haut, à houppier large de forme générale ovoïde. Son écorce gris clair, exfoliante, tournant plus tard au brun grisâtre, est assez lisse, elle se délite par plaques arrondies laissant des taches jaunâtres, surtout sur les grandes branches, plus que sur le tronc. Les feuilles caduques, plus larges que longues (de 15 à 25 cm), vertes, elles sont à nervation palmée, palmatilobées, elles comptent trois ou cinq lobes aigus et dentés, peu profonds. La floraison en sphères est unique et elle pend comme les fruits épineux à une longue tige. Les fleurs, unisexuées, sans périanthe, sont réunies en chatons globuleux pendants et généralement solitaires. Les fruits sont des petits akènes groupés en boules ou glomérules de 3 cm de diamètre. Le Platane d'Amérique (Platanus occidentalis) est devenu très rare en Europe où il a été supplanté par le platane commun (Platanus x acerfolia).


* Platane commun (Platanus acerifolia) ou platane à feuilles d'érable est une espèce hybride d'arbres de la famille des Platanaceae. C'est un hybride entre le Platane d'Occident et le Platane d'Orient, apparu au cours du XVIIIᵉ siècle en Europe. Il est devenu très courant en France.

            Il y aurait encore beaucoup à dire sur l'ancienne Forge de Peyrassoulat et sur le patrimoine de la Commune rurale de Chéronnac, mais ceci sera le sujet des prochaines publications qui vous entraînerons à la découverte de ce site par l'intermédiaire des cartes anciennes… (à suivre donc !)...